Dans l’immédiat, il y a plus de raisons d’être optimiste que d’être pessimiste en bourse. La liquidité est abondante grâce aux baisses de taux des banques centrales. Depuis le début d’année, il y en a eu 64 au niveau mondial – un point haut depuis 2020. La BCE a abaissé son taux directeur à quatre reprises, la Banque du Canada, la Banque d’Angleterre et la Banque Nationale Suisse à deux reprises chacune, par exemple. C’est un facteur de soutien structurel des bourses. S’ajoutent à cela les rachats d’actions qui devraient atteindre un niveau record à Wall Street cette année. Enfin, même si tout le monde est prudent quant à l’impact de la guerre commerciale sur les prochains résultats trimestriels, il faut reconnaître que les entreprises ont jusqu’à présent fait preuve d’une grande résilience. On est loin du scénario noir qui avait été dressé par certains dans la foulée du « Jour de la Libération » en avril dernier.
Par ailleurs, nous nous attendons à ce que l’administration Trump devienne plus sage à partir de la rentrée du fait de l’approche des élections de mi-mandat. Jusqu’à présent, le locataire de la Maison Blanche a eu tendance à regarder de près le marché obligataire plutôt que les actions. Cela devrait rapidement changer. Les actions représentent 49% du total des actifs détenus par les Américains, contre 10% en France. Ils vont donc certainement suivre attentivement l’évolution de leur portefeuille boursier avant d’aller aux urnes. Donald Trump en a conscience.
Selon nous, le seul problème à l’horizon est l’effet de la dépréciation du dollar sur les performances boursières. Depuis le début d’année, la paire EUR/USD a augmenté de +13%. Une telle appréciation n’est pas inhabituelle. En revanche, ça l’est sur une période aussi courte. La baisse n’est probablement pas terminée. Les banques d’investissement des deux côtés de l’Atlantique prévoient une hausse autour de 1,23 d’ici la fin d’année et une cible à 1,30 en 2026 – un niveau qui n’a plus été atteint depuis 2014. Autre signal d’inquiétude, la volatilité implicite, qui est mesurée à partir des contrats à terme sur l’EUR/USD à trois et à six mois, est anormalement élevée. Cela signifie que les traders anticipent des mouvements de prix violents. On a donc un cocktail parfait pour que le risque de change sur l’EUR/USD, qui était rarement un problème ces dernières années, devienne un vrai casse-tête pour les investisseurs détenant des actifs libellés en dollar.


Commentaire de marché Christopher Dembik – Pictet AM