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Commentaire de Nicolas Heusicom, Investment Specialist, et Ilya Vercammen, Chief Strategist chez Puilaetco

Trump nous surprend à nouveau !

Le président de la Fed, Jerome Powell a adopté un ton sensiblement différent de celui de ses précédentes interventions lors de la conférence annuelle de Jackson Hole, la semaine dernière. Alors qu’il avait surtout mis l’accent ces derniers mois sur les risques persistants d’inflation, il a cette fois-ci insisté davantage sur la nécessité de trouver un équilibre entre stabilité des prix et stabilité financière, et a indiqué que les tarifs douaniers du président Trump avaient influencé l’équilibre économique. La partie la plus marquante de son discours a été la déclaration suivante : « Compte tenu de la politique restrictive, les perspectives et l’évolution des risques pourraient justifier un ajustement de notre politique ». Les investisseurs y ont vu un signe que la Fed était en train de changer de position, ce qui devrait conduire à une baisse des taux d’intérêt en septembre.

Mais les certitudes ont volé en éclats cette semaine lorsque le président Trump a annoncé le licenciement de la gouverneure de la Fed Lisa Cook. Officiellement, il a invoqué des questions d’intégrité, mais cette décision a été largement perçue comme une attaque directe contre l’indépendance de la banque centrale. Les gouverneurs de la Fed étant protégés par la loi contre tout licenciement arbitraire, la base juridique semble extrêmement fragile. Cette annonce a suffi à accroître considérablement la nervosité des investisseurs et à rappeler les années 1970, lorsque les pressions politiques exercées sur la Fed avaient entraîné une hausse structurelle de l’inflation.

La réaction des marchés a été vive : les rendements des bons du Trésor américain ont fortement augmenté, en particulier à long terme. Le dollar s’est affaibli par rapport à l’euro et au yen, tandis que les actions bancaires ont subi des pressions dans le monde entier. La nervosité ne s’est pas limitée aux États-Unis : au Japon, le rendement à 30 ans a atteint un niveau record, illustrant la sensibilité mondiale à l’incertitude politique américaine.

L’incertitude politique française fait monter les taux

Outre les tensions aux États-Unis et leurs répercussions en Asie, les marchés français ont également été sous pression. La crise politique autour du Premier ministre François Bayrou et le vote de confiance imminent du 8 septembre ont considérablement accru l’incertitude. Les investisseurs craignent que le programme de réformes échoue et que la France entre dans une phase de paralysie politique. Cela se traduit directement sur le marché obligataire : les taux longs étant particulièrement sous pression.

L’écart entre les obligations d’État françaises et allemandes a atteint son plus haut niveau depuis la crise de la dette de 2010-2012, signe que le risque de crédit et les primes politiques sont à nouveau pris en compte de manière significative dans la fixation des taux. Bien que l’économie française reste résiliente, la combinaison d’une dette publique élevée et d’une incertitude politique exerce une pression supplémentaire sur les coûts de financement.

Pour les investisseurs, cela signifie que les obligations d’État françaises doivent temporairement offrir un rendement plus élevé pour attirer les capitaux. Si le gouvernement venait à tomber, il est probable que les taux longs en France augmentent davantage et que la volatilité des taux d’intérêt européens reste  élevée. Cette situation souligne le décalage croissant entre les marchés boursiers, qui restent résolument optimistes malgré les tensions politiques et monétaires, et les marchés obligataires, où la hausse des taux d’intérêt et les fluctuations de la courbe des taux sont des signes évidents de nervosité et d’inquiétude.

Nvidia : des résultats solides, avec un bémol sur la Chine

Cette semaine, tous les regards étaient tournés vers les résultats trimestriels de Nvidia, désormais figure de proue de la croissance mondiale de l’IA. La société a annoncé un chiffre d’affaires de 46,7 milliards de dollars au deuxième trimestre, légèrement supérieur aux attentes, mais la division des data centers a toutefois quelque peu déçu par rapport aux attentes très élevées des investisseurs.

Pour le prochain trimestre, Nvidia prévoit un chiffre d’affaires de +/- 53.5 milliards, ce qui est légèrement supérieur au consensus avant la publication mais néanmoins en-dessous des prévisions les plus optimistes (qui allaient jusqu’à 60 milliards !).

Vu les tensions commerciales, l’incertitude concernant les ventes vers la Chine et notamment les livraisons de puce H20 étaient évidemment des éléments importants pour les investisseurs. À ce sujet, la société a confirmé n’avoir envoyé aucune puce H20 (sujettes à des restrictions d’exportation) vers la Chine lors du dernier trimestre et a décidé d’exclure tout vente de puce H20 en Chine de ses prévisions pour le prochain trimestre, citant l’incertitude géopolitique toujours bien présente et impactant la demande locale. Le CFO a commenté qu’au-cas où ces incertitudes venaient à diminuer, cela pourrait avoir un impact positif de $2 à 5 milliards de livraisons supplémentaires lors du prochain trimestre. Autre fait important, la prochaine puce de Nvidia, nommée Rubin, sera prête à être produite en 2026.

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