Commentaire d’Ilya Vercammen, Chief Strategist chez Puilaetco et Nicolas Heusicom, Investment Specialist
Le conflit entre les États-Unis/Israël et l’Iran suscite inévitablement des comparaisons avec le début de l’année 2022, lorsque la Russie a envahi l’Ukraine et que les marchés ont connu une forte correction. Bien que la hausse des prix du pétrole soulève à nouveau des questions quant aux pressions inflationnistes, le contexte économique est aujourd’hui différent.
En 2022, le monde était confronté à une combinaison de plusieurs facteurs ; une économie post-covid caractérisée par des goulots d’étranglement dans les chaînes d’approvisionnement augmentant les coûts logistiques, une reprise de la consommation suite à la fin des lockdown alimentée par des mesures fiscales accommodantes pour stimuler la reprise, et un marché du travail en expansion – tout cela accentuant la hausse de l’inflation. Le tout, au sortit d’une période de taux extrêmement bas (voire négatifs en Europe). Les banques centrales avaient été à l’époque contraintes de procéder à des hausses de taux agressives.
Aujourd’hui, la situation est différente. L’Europe a considérablement diversifié son mix énergétique, tandis que les alternatives provenant des États-Unis, de la Norvège et du Qatar, ainsi que les énergies renouvelables, ont pris de l’importance. Les capacités de stockage ont été augmentées et les chaînes d’approvisionnement fonctionnent bien mieux dans l’ensemble du secteur manufacturier et sont devenues plus flexibles. Les marchés de la consommation et du travail ne sont plus en surchauffe et les taux directeurs se situent déjà à un niveau susceptible de tempérer les pressions inflationnistes. Même si les prix du pétrole continuent d’augmenter, l’impact sur l’inflation globale semble plus limité qu’en 2022.
Relativiser l’impact du détroit d’Ormuz
Le point d’étranglement actuel est le stratégique détroit d’Ormuz, par lequel transitent environ 20 % du pétrole mondial. Ce chiffre peut sembler inquiétant, mais il faut le relativiser. La majeure partie de ce pétrole est destinée à l’Asie, et non à l’Occident. Et même si une part importante des importations de pétrole de la Chine transite par le détroit, son système énergétique est fortement diversifié et elle dispose de réserves stratégiques considérables. Une sérieuse perturbation du trafic maritime ne provoquerait donc pas le même chaos que celui qu’a connu l’Europe à l’époque.
Pour les investisseurs, la planification reste cruciale. Un scénario où le conflit resterait limité à trois mois, avec un risque de déborder sur un trimestre supplémentaire, entraînerait certes une baisse de la croissance et une hausse de l’inflation, mais loin d’atteindre les niveaux de 2022. Les pays importateurs d’énergie sont aujourd’hui moins vulnérables, notamment grâce à un dollar plus faible qui atténue la hausse des prix des matières premières. Les banques centrales semblent d’accord. La Réserve fédérale américaine (Fed), la Banque centrale européenne et la Banque d’Angleterre ont toutes laissé leurs taux inchangés la semaine dernière. Une hausse de taux ne ferait pas transiter davantage de pétrole par le détroit d’Ormuz et ne feraient qu’étouffer la demande. De leur côté, les marchés ont ajusté leurs attentes : ils ne s’attendent plus à aucune baisse de taux du côté de la Fed et ils envisagent même jusqu’à trois hausses de taux de la BCE d’ici la fin de l’année.
La perception des marchés peut bien sûr changer rapidement si des signes d’un accord diplomatique au Moyen-Orient apparaissaient. Une réduction des tensions géopolitiques soulagerait en effet immédiatement la pression sur les prix de l’énergie et assouplirait à nouveau les perspectives d’inflation.
Dans nos portefeuilles, nous continuons à miser sur la diversification et la gestion des risques. Au début du conflit, nous avons renforcé nos positions sur l’or et le dollar et réduit notre exposition aux obligations d’État américaines et britanniques. Nous conservons également nos couvertures contre l’inflation et continuons à privilégier les obligations de haute qualité. Les obligations des marchés émergents jouent également un rôle de couche de diversification supplémentaire, en particulier pour les pays qui profitent de la hausse des prix des matières premières.
Sur le plan géopolitique, la situation reste grave et incertaine. Sur le plan économique, nous sommes toutefois en meilleure posture qu’en 2022. Cet environnement souligne une nouvelle fois l’importance de la diversification, de la qualité et de la solidité des structures de portefeuille.


