Funds For Good, MicroStart et High Her souhaitent combler le déficit de financement dont souffrent les entrepreneurs.
Francis Muyshondt
Pour de nombreux créateurs d’entreprise, l’accès au financement reste l’un des principaux obstacles. Ceux qui ne disposent pas de fonds propres suffisants et ne correspondent pas au profil de risque d’une banque voient souvent leur demande de crédit rejetée. Parallèlement, un écosystème de financeurs alternatifs et d’organismes d’accompagnement se développe en Belgique: celui-ci vise précisément à redonner des perspectives à ces entrepreneurs. L’accent n’est pas seulement mis sur le capital, mais aussi sur le coaching, la formation et un réseau solide.
Lors d’une récente conférence de presse, l’investisseur à impact Funds For Good, l’organisme de microfinancement MicroStart et le réseau de soutien aux femmes entrepreneures High Her ont présenté leur vision de ce déficit de financement. Fininfo s’est entretenu avec Anaïs Pauwels, Head of Impact chez Funds For Good Impact, Juliette Malherbe, fondatrice de High Her, Lorraine de Fierlant, directrice générale de MicroStart, et Houda, fondatrice d’Agapé Paper, qui a fait appel à ces organisations pour créer et développer son entreprise.
À partir de leurs différents rôles, elles ont décrit comment la collaboration entre les trois organisations se déroule concrètement et comment le prêt d’honneur aide ces entrepreneurs qui ont du mal à accéder au financement classique. Le fil conducteur est une approche intégrée dans laquelle la formation, le coaching, le réseau et le financement se renforcent mutuellement pour permettre aux entrepreneurs de se développer de manière durable.
Du financement à la formation
Bien que les trois entités de cet écosystème alternatif remplissent chacune un rôle spécifique, elles fonctionnent souvent comme une chaîne fermée. MicroStart, active depuis maintenant quinze ans, octroie des microcrédits aux entrepreneurs qui n’ont pas accès aux prêts bancaires traditionnels et gère également le traitement pratique des prêts d’honneur ou sans intérêt. L’organisation s’adresse principalement aux créateurs d’entreprise et aux entrepreneurs qui, en raison de leur profil, ont des difficultés à obtenir un prêt bancaire, tels que les femmes, les jeunes, les demandeurs d’emploi et les personnes issues de l’immigration. Par ailleurs, MicroStart propose également des formations et un accompagnement individuel, afin que les entrepreneurs bénéficient non seulement d’un financement, mais aussi des connaissances nécessaires pour développer leur projet de manière durable. Selon la directrice générale Lorraine de Fierlant, MicroStart finance chaque année environ 500 entrepreneurs, bien que l’organisation dispose de la capacité d’augmenter considérablement ce nombre.

Funds For Good intervient en tant que partenaire d’impact au sein de ce modèle. L’organisation accorde des prêts d’honneur sans intérêt, sur la base de la confiance, qui viennent compléter un microcrédit et renforcent ainsi la structure de financement de l’entrepreneur. Elle propose également un accompagnement via un réseau de coaches bénévoles qui aident les entrepreneurs dans leurs choix stratégiques et la professionnalisation de leur entreprise. Le financement de ces prêts d’honneur s’effectue selon un modèle dans lequel une partie des bénéfices issus des activités d’investissement de la société mère Funds For Good est directement reversée à la filiale d’impact. Grâce au remboursement des prêts, les fonds sont réinvestis à chaque fois pour de nouveaux entrepreneurs, créant ainsi un fonds renouvelable durable.
Le prêt sans intérêt comme levier
Le prêt d’honneur ne constitue pas un crédit distinct, mais s’inscrit dans une structure de financement plus large. Les entrepreneurs ne peuvent pas solliciter directement ce prêt sans intérêt. Il est accordé après validation d’un dossier par MicroStart et s’il répond aux critères de Funds For Good. Dans la pratique, le prêt d’honneur est associé à un microcrédit classique. Si un entrepreneur a par exemple besoin de 15 000 euros pour lancer une activité commerciale, MicroStart peut lui octroyer 12 000 euros sous forme de microcrédit, complétés par un prêt d’honneur sans intérêt d’un montant maximal de 3 000 euros via Funds For Good. Comme aucun intérêt n’est prélevé sur ce dernier montant, la charge mensuelle de remboursement diminue tandis que les fonds propres dont dispose l’entrepreneur pour financer son projet augmentent.
« Pour l’entrepreneur, c’est presque comme s’il apportait ses propres fonds », explique Anaïs Pauwels, responsable de l’impact chez Funds For Good. « L’entrepreneur rembourse d’abord le microcrédit. Le prêt d’honneur est remboursé par la suite ou en parallèle. Comme il s’agit de capitaux sans intérêt, la pression mensuelle liée aux remboursements reste plus faible. » Un avantage supplémentaire réside dans le fait que les prêts remboursés sont à nouveau mis à disposition pour de nouveaux dossiers. « Un même euro peut ainsi financer plusieurs entrepreneurs. Cet effet de roulement rend le modèle durable. »

Développer le réseau : un défi de taille
Lorraine de Fierlant souligne toutefois que le financement constitue rarement le principal problème. « Le plus grand défi réside dans le manque de réseau, d’accompagnement et d’accès aux bonnes informations. De nombreux entrepreneurs ne savent tout simplement pas quelles organisations peuvent les aider ni à qui s’adresser. » Et Juliette Malherbe, de High Her, ajoute que les créateurs d’entreprise, en particulier ceux qui ne disposent pas d’un réseau professionnel étendu, manquent souvent des contacts nécessaires pour trouver des financements supplémentaires ou des opportunités commerciales.
High Her est justement présent dans l’écosystème pour saisir ces opportunités commerciales et faire croître l’entreprise. Ce réseau de croissance s’adresse spécifiquement aux femmes entrepreneures. Grâce à sa Money Academy, celles-ci suivent pendant trois mois un parcours intensif abordant notamment les modes de financement, la gestion financière, la présentation de projet et les relations avec les investisseurs. « Notre public cible est constitué d’entrepreneuses qui ont déjà trouvé leur produit et leur marché, mais qui souhaitent franchir une nouvelle étape de croissance », explique Juliette Malherbe, fondatrice de High Her.

« De nombreuses femmes entrepreneurs connaissent une croissance organique, mais finissent par se heurter à un plafond car elles ne disposent pas de moyens financiers suffisants pour embaucher du personnel ou poursuivre leurs investissements. » Elle souligne enfin qu’après l’obtention du financement, les entrepreneurs continuent d’être accompagnés par le biais d’ateliers consacrés à l’administration, à la fiscalité, à la gestion de la trésorerie, au marketing et à la numérisation. Selon Lorraine de Fierlant, le principal défi consiste toutefois à permettre aux entrepreneurs de consacrer suffisamment de temps à cet accompagnement.
Exemple concret : Agapé Paper
Houda, fondatrice d’Agapé Paper, illustre l’ampleur de l’impact que peut avoir un parcours d’accompagnement intégré. Après avoir dû mettre fin à sa première marque de papeterie à la suite d’un litige juridique concernant le nom de la marque, elle s’est retrouvée confrontée au défi de reconstruire entièrement son entreprise. Grâce à la Money Academy de High Her, elle a bénéficié pendant trois mois d’un accompagnement en matière de financement, d’entrepreneuriat et d’élaboration d’un plan financier. Parallèlement, elle a pu compter sur les coachs de Funds For Good, qui l’ont aidée à affiner sa stratégie et l’ont introduite dans un réseau entrepreneurial plus large. Elle a finalement obtenu un prêt d’honneur, qui lui a permis de financer la production de sa nouvelle collection et de tenir le coup pendant les premiers mois, jusqu’à ce que les ventes démarrent.

Selon Houda, c’est cette combinaison de financement et d’accompagnement qui a constitué le véritable tournant. « Cela m’a littéralement donné l’oxygène nécessaire pour repartir de zéro. Grâce à ce parcours, je disposais non seulement d’un plan financier, mais aussi d’un réseau et des bons contacts pour reconstruire mon entreprise. » Elle souligne que ce n’est pas seulement le capital qui a été déterminant, mais aussi l’accès à l’expertise, au coaching et à un réseau d’entrepreneurs qui l’ont aidée à aller de l’avant.
Il est à noter que ce parcours a également renforcé sa crédibilité auprès des prêteurs traditionnels. Lors du pitch de clôture de la Money Academy, auquel assistaient également des représentants du secteur bancaire, Houda a finalement reçu de la KBC une proposition de crédit de 25 000 euros. Ses précédentes demandes de financement avaient pourtant toutes été rejetées.
La demande reste inférieure à la capacité
Chose surprenante, les initiateurs du projet ne sont aujourd’hui pas confrontés à un manque de moyens financiers, mais à une pénurie d’entrepreneurs qui trouvent le chemin vers des modes de financement alternatifs. Selon MicroStart, l’organisation reçoit chaque mois environ 500 demandes de crédit, dont seulement 40 à 50 dossiers sont finalement approuvés. Dans le même temps, l’organisation dispose d’une capacité suffisante pour octroyer environ 1 000 microcrédits par an, alors qu’aujourd’hui, environ la moitié seulement de ce chiffre est atteinte.
Selon les partenaires, cela ne s’explique pas uniquement par l’incertitude économique, qui pousse certains entrepreneurs à reporter leurs investissements. La méconnaissance des formes alternatives de financement joue un rôle au moins aussi important. De nombreux créateurs d’entreprise s’adressent d’abord à une banque et considèrent un refus comme la fin de leur parcours de financement, alors que, selon les organisations, il existe encore de nombreuses autres possibilités. C’est précisément pour cette raison qu’elles plaident pour que les banques orientent systématiquement les entrepreneurs qui ne rentrent pas dans leur cadre de risque vers des acteurs tels que MicroStart ou d’autres bailleurs de fonds alternatifs. « Nous ne sommes pas des concurrents des banques, mais un complément », a-t-on pu entendre lors de l’entretien.
Les banques ne réorientent pratiquement pas les demandeurs
Et très vite, le panel a abordé un sujet épineux, à savoir la manière dont les banques traitent aujourd’hui les demandes de crédit rejetées. Selon elles, le parcours de financement de nombreux entrepreneurs s’achève encore trop souvent après un premier « non » d’une banque, alors qu’il existe bel et bien des possibilités de financement alternatif en Belgique. Selon Lorraine de Fierlant, les banques n’orientent que très rarement les entrepreneurs qui ne sont pas éligibles à un crédit classique vers des acteurs spécialisés tels que MicroStart. « Nous sommes en réalité l’alternative parfaite à un refus, mais les orientations vers d’autres acteurs sont aujourd’hui bien trop rares. »
Selon elle, cela n’est pas nécessairement lié à un manque de volonté. Le secteur bancaire est confronté à une forte rotation du personnel et les conseillers disposent souvent d’une large gamme de produits. De ce fait, leur connaissance des formes alternatives de financement, telles que les microcrédits ou les prêts d’honneur, est souvent limitée. MicroStart indique informer régulièrement les banques de son fonctionnement, mais constate que cette sensibilisation doit être sans cesse renouvelée. Lorraine De Fierlant souligne par ailleurs que MicroStart ne souhaite pas être en concurrence avec les banques. Au contraire, l’organisation se considère comme un complément au paysage financier existant. Les entrepreneurs qui ne sont pas encore éligibles à un financement bancaire peuvent développer leur entreprise grâce à un microcrédit, un prêt d’honneur et un accompagnement intensif. Lorsque leur entreprise aura atteint un niveau de maturité suffisant, ils pourront alors s’adresser à une banque classique pour obtenir un financement complémentaire.
Selon MicroStart, les chiffres de remboursement montrent que le risque reste maîtrisable. Environ 90 % des microcrédits sont intégralement remboursés. Une partie du risque résiduel est en outre couverte par une garantie du Fonds européen d’investissement, ce qui permet à l’organisation de financer également des entrepreneurs jugés trop risqués par les banques traditionnelles. Parallèlement, le panel lance un appel clair aux décideurs politiques: el ne demande pas nécessairement davantage de subventions, mais une reconnaissance de la microfinance et des prêts d’honneur en tant que composante à part entière du paysage financier belge.
« Nous ne sommes pas des concurrents des banques, mais un complément »
Anaïs Pauwels (Funds For Good), Juliette Malherbe (High Her) & Lorraine de Fierlant (MicroStart)


