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Commentaire d’Ilya Vercammen, Chief Strategist chez Puilaetco

Les électeurs, les taux d’intérêt et la dette interagissent et impactent aussi bien sur les marchés financiers que sur le paysage politique occidental actuel. Ces trois forces doivent donc être appréhendées globalement et non plus comme des sujets distincts.

Le consommateur américain tiendra le rôle principal des élections de mi-mandat

Le résultat des élections de mi-mandat aux États-Unis résultera probablement moins de la géopolitique ou de convictions idéologiques que de la simple question : « Comment va le consommateur américain ? »

La hausse des prix de l’énergie recommence à peser lourdement sur le budget des ménages. Le prix moyen de l’essence avoisinant les 4,5 dollars le gallon et celui du diesel un record de 6,5 dollars le gallon (soit 1€ et 1,5 €/l). Historiquement, ces niveaux de prix ont eu une influence significative sur la confiance des consommateurs et, in fine, sur leur comportement électoral.

Les ménages américains sont également confrontés à des taux hypothécaires qui se rapprochent des plus hauts niveaux enregistrés au cours des deux dernières décennies.

Pour le président Trump, le contexte est donc difficile. Sa cote de popularité est mise à mal par la combinaison de la hausse des prix de l’énergie, du renchérissement du crédit et du sentiment que le coût de la vie n’est pas suffisamment maîtrisé. Il semble ainsi de plus en plus probable que les démocrates reprennent le contrôle de la Chambre des représentants lors des élections de mi-mandat, tandis que le Sénat devrait rester républicain, puisqu’un tiers seulement des sièges sera renouvelé. Ce résultat conduirait à ce que l’on appelle un « Congrès divisé » et rendrait considérablement plus difficile pour l’administration Trump de faire adopter par le Congrès d’importantes mesures de relance budgétaire, des réformes fiscales ou de nouvelles déréglementations. Cela ne signifie pas nécessairement une paralysie politique, mais bien une marge de manœuvre politique plus réduite.

Le marché obligataire reflète des questions fondamentales

Dans le même temps, les taux américains à 10 et 30 ans se situent à des niveaux que nous n’avons pas connus depuis des années. Le taux américain à 10 ans a récemment fleurté avec la barre symbolique des 5%, tandis que les taux à long terme sont à leurs plus hauts niveaux depuis la crise financière.

Il ne s’agit plus uniquement d’une question monétaire. Les investisseurs se posent des questions fondamentales sur la viabilité de la dette publique et sur l’énorme demande de capitaux : les pouvoirs publics doivent lever des montants records pour financer leurs déficits budgétaires, tandis que les entreprises investissent massivement dans les centres de données, les infrastructures d’IA, l’approvisionnement énergétique et les capacités de production stratégiques.

Pour la première fois depuis longtemps, les États et les entreprises se font directement concurrence pour attirer l’épargne. Cela contribue à expliquer pourquoi les taux d’intérêt restent structurellement plus élevés que ceux de la dernière décennie.

Les électeurs manifestent leurs inquiétudes économiques

La pression économique se répercute également sur le plan politique. Tant aux États-Unis qu’en Europe, on observe un glissement vers les partis situés à droite de l’échiquier politique. Une tendance qui reflète les inquiétudes concernant le pouvoir d’achat, les prix de l’énergie, l’immigration, la mondialisation et le sentiment que les partis politiques traditionnels apportent de moins en moins de réponses aux défis actuels.

Les dettes publiques élevées limitent la marge de manœuvre politique

Difficulté supplémentaire, de nombreux pays occidentaux doivent s’attaquer à ces défis alors qu’ils font face à un niveau d’endettement historiquement élevé.

La France et la Belgique comptent aujourd’hui parmi les pays présentant le taux d’endettement le plus élevé d’Europe. L’Europe prend de plus en plus conscience que la hausse des taux d’intérêt augmente considérablement le coût de la dette publique. Cela restreint la marge de manœuvre des gouvernements, alors même que les dépenses liées à la défense, à l’indépendance énergétique, au vieillissement de la population et à la protection sociale augmentent. La combinaison d’une hausse des dépenses et d’un renchérissement des coûts de financement rend de plus en plus difficile pour les gouvernements de faire des choix budgétaires.

La hausse des taux d’intérêt a tout de même un aspect positif

La situation présente toutefois un aspect positif pour les investisseurs. Pendant plus de dix ans, les obligations n’ont généré quasiment aucun rendement. Aujourd’hui, la situation a fondamentalement changé.

Sous la devise « Le revenu est de retour », les obligations d’État et d’entreprises de qualité offrent à nouveau des rendements attractifs. Alors qu’auparavant, les obligations jouaient principalement un rôle défensif, elles peuvent aujourd’hui apporter une contribution significative au rendement global du portefeuille. Les investisseurs ne doivent plus compter exclusivement sur les actions pour générer du rendement. La hausse des taux d’intérêt permettra de constituer des portefeuilles avec un meilleur équilibre entre croissance, revenus et gestion des risques.

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