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Alors que la facturation électronique gagne du terrain dans toute l’Europe, Peppol s’impose de plus en plus comme la colonne vertébrale de l’échange structuré de factures. Au Luxembourg, où les activités transfrontalières et l’entrepreneuriat multilingue sont la norme, cette transition soulève des questions spécifiques concernant la préparation, l’accessibilité et le calendrier.

Depuis mars 2023, la facturation électronique est obligatoire pour tous les opérateurs économiques qui émettent des factures aux autorités publiques luxembourgeoises. Ces factures doivent être conformes à la norme européenne en matière de facturation électronique et sont généralement échangées via le réseau Peppol. En dehors du secteur public, cependant, l’adoption de Peppol reste volontaire et aucune feuille de route officielle n’a encore été publiée pour une obligation plus large entre entreprises.

Cette portée limitée ne doit pas être confondue avec un manque d’urgence. Dans la pratique, de nombreuses entreprises luxembourgeoises sont encore loin d’être prêtes pour Peppol. Les PME, en particulier, continuent de s’appuyer sur des flux de facturation au format PDF et par e-mail qui sont incompatibles avec les exigences de la facturation électronique structurée.

« Les principaux obstacles sont le manque de sensibilisation et un déficit d’information structurel sur le marché », explique Marysia Dabrowska, cofondatrice d’eFaktura, une plateforme d’administration électronique multilingue directement connectée à Peppol. « Nous constatons un niveau de méconnaissance remarquable, non seulement chez les entrepreneurs, mais aussi chez leurs comptables. Beaucoup ne reçoivent que peu ou pas d’informations concrètes sur Peppol, les délais ou les mesures pratiques à prendre. »
 Selon Mme Dabrowska, ces lacunes reflètent l’expérience de la Belgique, où les campagnes de communication ont démarré trop tard et où la préparation s’est avérée « précipitée et réactive au lieu d’être planifiée ».

Manque d’informations et crainte de la complexité

Si l’aspect technique de Peppol est souvent gérable, la perception de sa complexité reste un frein majeur. « Un nombre surprenant d’entreprises continuent de créer leurs factures dans Word ou Excel et pensent que Peppol sera extrêmement complexe ou coûteux pour elles », note Mme Dabrowska. « En réalité, cela n’a pas à être le cas, mais sans explications claires et sans outils accessibles, cela semble insurmontable. »

Il en résulte un cycle d’hésitation : les entrepreneurs retardent la préparation, s’attendant à des reports, et finissent par paniquer à la dernière minute à l’approche des délais. En Pologne, où un système de facturation structuré similaire (KSeF) devient obligatoire cette année, Mme Dabrowska rapporte que de nombreuses PME « espèrent encore qu’il sera reporté », malgré des mois de communication officielle. « Pendant les derniers jours avant la nouvelle année, notre service clientèle a fonctionné comme une hotline : demandes d’inscription continues, questions urgentes et stress de dernière minute. Cette situation aurait pu être entièrement évitée. »

Les leçons de la Belgique et d’ailleurs

Les développements dans les pays voisins continuent d’offrir un miroir au Luxembourg. Le déploiement progressif en Belgique de la facturation électronique B2B obligatoire via Peppol a révélé à quel point il est essentiel de se préparer à l’ e à l’avance et combien la communication limitée entre les comptables et leurs clients peut être source de confusion.

« De nombreux comptables en Belgique ont créé des connexions Peppol pour le compte de leurs clients sans les en informer correctement », se souvient Mme Dabrowska. « Les entrepreneurs ignoraient souvent que leur boîte de réception Peppol était en fait hébergée par leur comptable, qu’ils étaient désormais techniquement liés à cette configuration et qu’il n’était plus possible de passer facilement à une autre solution logicielle. »

Ces expériences soulignent une leçon essentielle : créer une connexion Peppol ne suffit pas. La facturation électronique structurée modifie l’ensemble du processus de facturation, et pas seulement le canal de livraison. « Sans une formation adéquate, les entrepreneurs ne comprennent pas pleinement ce que signifie Peppol dans la pratique. La préparation ne concerne pas seulement les logiciels, mais aussi la propriété, la transparence et le choix éclairé », souligne-t-elle.

L’approche pragmatique de la Belgique en matière d’application de la loi, progressive plutôt que punitive, a contribué à limiter les perturbations, mais elle a également mis en évidence la nécessité d’une plus grande clarté. Pour les entreprises luxembourgeoises, la principale conclusion est que Peppol doit donner plus de pouvoir aux entrepreneurs, et non les enfermer dans des configurations opaques qu’ils ne comprennent pas.

La langue : la couche manquante de la conformité

L’environnement commercial très international du Luxembourg ajoute une couche supplémentaire de complexité. Les entrepreneurs travaillent dans un large éventail de langues, reflétant la diversité de la main-d’œuvre et les liens économiques transfrontaliers du pays. Pourtant, la plupart des plateformes de facturation et de comptabilité ne sont disponibles qu’en une ou deux langues, ce qui augmente le risque d’interprétation erronée et de non-conformité pour les utilisateurs de langues étrangères.

« La langue détermine la confiance », explique Mme Dabrowska. « Lorsque la communication, les outils et les explications juridiques ne sont disponibles que dans une seule langue, les entrepreneurs hésitent, non pas parce qu’ils ne veulent pas se conformer, mais parce qu’ils ne sont pas sûrs de bien comprendre ce qu’on attend d’eux. »

Ce fossé linguistique peut également fausser les relations entre les entrepreneurs et leurs comptables. « Dans certains cas, les comptables ne partagent pas de manière proactive les informations avec leurs clients non natifs en raison des barrières linguistiques, ou ils mettent en place une connexion Peppol sans fournir d’explications adéquates. Les entrepreneurs se retrouvent alors à utiliser un système qu’ils ne comprennent pas, ce qui crée de la frustration et de la résistance. Ce n’est pas de la réticence, c’est de l’exclusion. »

La leçon à en tirer, insiste-t-elle, est simple : la communication multilingue n’est pas un luxe, mais une nécessité en matière de conformité. « Les changements juridiques doivent être expliqués de manière répétée, claire et dans la bonne langue afin de favoriser la compréhension et la confiance. »

eFaktura et l’essor des plateformes de conformité multilingues

C’est précisément ce défi multilingue qui a donné naissance à eFaktura. Lancée à l’origine aux Pays-Bas pour les entrepreneurs internationaux, la plateforme prend désormais en charge la facturation d’ s conforme à Peppol dans dix langues, dont l’anglais, le français et l’allemand. Elle automatise l’ensemble du flux de facturation électronique, de la validation de la TVA à la transmission sécurisée via un point d’accès certifié, et intègre des fonctions administratives plus larges telles que la gestion des dépenses et la facturation des clients.

« eFaktura a été créé pour les entrepreneurs qui opèrent au-delà d’un seul pays et d’une seule langue », explique Mme Dabrowska. « Dès le début, l’objectif était de supprimer les frictions administratives pour les PME internationales en proposant une facturation conforme à la législation de chaque pays, des conseils clairs dans la langue de l’utilisateur et une plateforme unique qui évolue en fonction des changements réglementaires en Europe. Le multilinguisme n’était pas un simple ajout, c’était le fondement même du projet. »

L’écosystème de l’entreprise est également relié à BUKKI, une plateforme qui aide les professionnels indépendants à collaborer et à trouver des missions dans leur propre langue. Ensemble, ces services reflètent une tendance plus large : les outils numériques ne sont plus des utilitaires autonomes, mais font partie d’écosystèmes de conformité intégrés combinant l’alignement réglementaire et la facilité d’utilisation au quotidien.

La question du timing

Pour l’instant, le Luxembourg a adopté une approche prudente et progressive de la mise en œuvre de Peppol, en se concentrant principalement sur les marchés publics. Cependant, plusieurs États membres de l’UE, dont la France, l’Allemagne et la Pologne, s’orientant vers la facturation électronique obligatoire entre entreprises, un alignement européen plus large est inévitable.

Au niveau de l’UE, Peppol est de plus en plus considéré comme la pierre angulaire des futurs cadres fiscaux et de déclaration. L’initiative « VAT in the Digital Age » (ViDA) de la Commission européenne vise à harmoniser la facturation électronique et la déclaration en temps réel dans tous les États membres, ce qui pourrait accélérer son adoption même sur les marchés où elle est jusqu’à présent restée facultative.

Dans ce contexte en pleine évolution, attendre pourrait s’avérer coûteux. « Dans la pratique, les entreprises ne commencent souvent à se préparer qu’un ou deux mois avant l’entrée en vigueur d’une obligation, ce qui est beaucoup trop tard », prévient Mme Dabrowska. « Une préparation précoce laisse le temps de tester, de former le personnel et de choisir la bonne configuration sans pression. C’est cette phase de calme qui garantit le succès de la mise en œuvre. »

La préparation comme stratégie

L’expérience acquise à travers l’Europe suggère que la préparation n’est pas seulement une question de conformité, mais aussi de compétitivité. Les entreprises qui adoptent tôt la facturation structurée bénéficient de données plus claires, de paiements plus rapides et d’intégrations comptables plus fluides. Celles qui tardent à le faire risquent de subir des perturbations administratives une fois que les obligations seront étendues.

Dans l’économie multilingue et très internationale du Luxembourg, cette dynamique est amplifiée. L’accessibilité et la facilité d’utilisation peuvent s’avérer tout aussi cruciales que la mise en conformité réglementaire, en particulier pour les petites et moyennes entreprises qui ne disposent pas de ressources internes en matière de conformité.

Comme le conclut Mme Dabrowska : « Commencez dès maintenant, choisissez un logiciel que vous comprenez vraiment et considérez Peppol comme un changement commercial, et non comme une obligation informatique de dernière minute. »

Plus d’infomation sur efaktura.nl

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