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Il est désormais communément admis que les biais comportementaux affectent nos décisions d’investir. « Cela contredit la thèse centrale de l’économie qui prétend que les investisseurs prennent des décisions de façon rationnelle », souligne Bart Abeloos, économiste en chef chez Crelan. Dans les faits, il existe deux systèmes qui gèrent notre cerveau. Ces deux systèmes sont en compétition. D’une part, il y a la partie qui sert les décisions délibérées. Elle agit de façon rationnelle comme lorsqu’on achète une maison et que l’on analyse notamment la localisation ou la répartition des pièces. On pèse alors le pour et le contre. « Cela prend du temps et nécessite beaucoup de ressources mentales. Notre cerveau ne représente que 2% du poids total de notre corps et ces prises de décisions sont très énergivores. De ce fait, on ne peut pas appliquer ce système à toutes les décisions que l’on prend par jour. En effet, sur une journée, on prend plus de 10.000 décisions », constate Bart Abeloos. C’est pourquoi un deuxième système prend le relais dans notre cerveau qui prend des décisions en pilote automatique. Ce système permet d’économiser de l’énergie en utilisant des biais, des préjugés, des catégories. Il est nécessaire au bon fonctionnement du cerveau. « Mais, le drame pour les investisseurs c’est que ces biais automatiques interviennent quand il aurait fallu utiliser la partie rationnelle du cerveau », remarque cet économiste.

Excès de confiance et petits moutons

Quels sont les principaux biais qui influencent les décisions d’investir ? Il y a d’abord l’excès de confiance. « Certains investisseurs estiment qu’ils sont davantage capables de juger une situation qu’ils ne le sont en réalité. Ils sont mal calibrés et cela influence donc négativement leur jugement surtout si ce jugement a des répercussions à long terme. Ils font des choix trop rapidement et donc de mauvais choix », constate Bart Abeloos. Les épargnants qui ne franchissent jamais l’étape d’investir dans les marchés parce qu’ils prédisent que les marchés vont s’orienter à la baisse font aussi l’objet d’un excès de confiance dans leur jugement. Les excès de confiance peuvent donc être optimistes ou pessimistes mais dans les deux cas ils aboutissent à des décisions sous-optimales. Ce biais d’excès de confiance se caractérise donc par une croyance qui prétend que l’on peut prédire la direction des marchés.

Un autre biais bien connu est l’aversion aux pertes. On a constaté que cette peur, cette aversion aux pertes conduit les investisseurs à rester plus défensifs et les mène à des décisions sous-optimales. C’est un facteur de destruction de valeur à long terme puisqu’en n’étant pas investis, ils perdent du pouvoir d’achat. Les investisseurs sont aussi soumis au biais de la pression du groupe. Cette pression du groupe empêche souvent d’exprimer une dissidence sur un thème. Lorsque tout le monde a une opinion sur un placement et y investit, les dissidents n’osent souvent pas s’exprimer et, parfois, ils finissent par suivre l’histoire dominante du marché.

Trop d’importance aux bruits récents

Un autre biais consiste à donner un poids excessif aux événements récents plutôt qu’à la normalité. « On donne ainsi une importance excessive à des événements récents même s’ils sont exceptionnels. On écarte alors l’aspect de la régularité historique. Ces événements ponctuels effacent des éléments plus importants. La réalité des marchés montre que les crises géopolitiques ponctuelles exercent rarement une influence à long terme sur les marchés. L’écart entre l’imaginaire et la réalité est donc parfois important », reconnaît Bart Abeloos. Cela les conduit alors à prendre de mauvaises décisions.

Mais comment lutter contre ces biais cognitifs ? « Prendre une décision en matière financière est éprouvant et dangereux. Il faut donc prendre ces décisions le moins souvent possible en automatisant la construction de son portefeuille. On peut aussi investir de façon continue et régulière. On peut isoler une partie de son capital à long terme et s’y appuyer avec une indifférence émotionnelle. Les fonds mixtes actions/obligations sont alors une bonne alternative de placements pour le long terme ». Ces fonds ne sont pas très sexy et il vaut mieux ne pas y toucher tout en y entrant de façon progressive et régulière. « On peut, en marge de ce choix moins émotionnel, faire des investissements satellites avec un horizon à plus court terme », préconise Bart Abeloos. Selon cet économiste, dans la gestion active effectué par des professionnels de la gestion, le risque est davantage cadré et des mécanismes sont mis en place pour essayer de contrecarrer l’influence des biais émotionnels. Une professionnalisation et une délégation de la gestion peut donc permettre d’éviter de se laisser influencer par des biais cognitifs.

I.de.L

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