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Une révolution silencieuse

Au cours de la dernière décennie, les marchés privés ont connu une véritable révolution silencieuse. Autrefois réservés aux grands investisseurs institutionnels s’engageant dans des fonds fermés, ces marchés se sont considérablement élargis. Le catalyseur de ce changement ? L’essor des structures ouvertes, dites evergreen, qui offrent davantage d’accessibilité, de flexibilité et de diversification.

D’une niche au courant dominant

Un moteur essentiel de cette évolution est le Fonds européen d’investissement à long terme (ELTIF). Avec l’introduction de l’ELTIF 2.0 en 2024, le nombre de fonds a littéralement explosé : plus de 55 ont été lancés en une seule année. Pour la première fois, un cadre réglementaire permet à un spectre élargi d’investisseurs – y compris les particuliers – d’accéder à des opportunités de long terme et illiquides telles que l’infrastructure, le private equity ou l’immobilier.

Les fonds evergreen sont ainsi passés du statut de produit de niche destiné aux investisseurs semi-professionnels à celui d’option de plus en plus mainstream, séduisant à la fois les gestionnaires de patrimoine et les institutions. Selon Preqin, on compte aujourd’hui plus de 500 produits semi-liquides dans le monde, représentant une taille de marché estimée à au moins 350 milliards de dollars.

Pourquoi l’evergreen ?

L’attrait des fonds evergreen réside dans leur équilibre entre exposition de long terme et liquidité maîtrisée. Contrairement aux fonds fermés traditionnels, caractérisés par des appels de capitaux et des périodes de blocage rigides, les structures evergreen permettent des souscriptions régulières et, sous conditions définies, des rachats. Elles atténuent la fameuse courbe en J des rendements négatifs en début de cycle grâce à l’utilisation de solutions telles que les marchés secondaires, les co-investissements ou les portefeuilles de transition, garantissant des placements effectifs dès le premier jour.

Pour les investisseurs, cela signifie :

  • Des rendements annualisés comparables à ceux des marchés liquides.
  • Un accès simplifié, sans appels de capitaux.
  • Des points d’entrée et de sortie plus flexibles, alignés sur la planification patrimoniale individuelle.

Cependant, le qualificatif « semi-liquide » ne doit pas prêter à confusion. Il s’agit toujours d’investissements fondamentalement illiquides, qui requièrent patience et un horizon d’au moins dix ans. La gestion de la liquidité – équilibre entre flux d’investisseurs et opportunités d’investissement – constitue un test majeur de l’expertise des gestionnaires.

L’infrastructure comme moteur de croissance

Nulle part le besoin de capitaux privés n’est aussi pressant que dans l’infrastructure. Selon certaines études, jusqu’à 70 % des infrastructures nécessaires à l’horizon 2050 n’existent pas encore. Transition énergétique, connectivité numérique, services publics résilients : autant de chantiers qui nécessiteront des milliers de milliards d’euros d’investissements. Les pouvoirs publics réagissent : l’Allemagne, par exemple, a introduit un quota dédié à l’infrastructure dans les portefeuilles institutionnels et lancé un fonds public d’infrastructure de 500 milliards d’euros.

Les fonds evergreen peuvent jouer ici un rôle clé en mobilisant des capitaux privés aux côtés des initiatives publiques. Comme l’a récemment souligné Friedrich Merz, même une fraction de l’épargne des ménages orientée vers l’infrastructure pourrait transformer le paysage.

Un univers d’investisseurs élargi

Les fonds evergreen ne remplacent pas les véhicules fermés, mais enrichissent la boîte à outils. Pour les investisseurs institutionnels, ils offrent flexibilité et allocation dynamique. Pour les clients privés, ils ouvrent l’accès à la diversification et à la constitution de patrimoine sur le long terme, dans des classes d’actifs autrefois considérées comme inaccessibles. Les stratégies multi-privates, combinant private equity, infrastructure et crédit privé, renforcent encore la diversification et limitent les risques de concentration.

Perspectives
La pédagogie reste essentielle. Les investisseurs doivent comprendre à la fois le potentiel et les risques : illiquidité, évolutions réglementaires, risques liés à l’exécution des projets. Transparence, gestion rigoureuse de la liquidité et communication claire seront déterminantes pour distinguer les acteurs qui réussiront dans cet environnement en mutation.

Conclusion
Les fonds evergreen sur les marchés privés ne sont plus un simple laboratoire d’expérimentation. Ils constituent un pont essentiel entre les opportunités d’investissement de long terme et la demande croissante pour des solutions accessibles et flexibles. Pour les investisseurs comme pour la société, leur potentiel ne fait que commencer à se déployer.

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