Les valeurs pharmaceutiques se sont nettement redressées au cours de l’année écoulée. Pour autant, les grands laboratoires américains n’affichent pas de valorisations excessives. L’innovation scientifique, l’IA et la croissance structurelle de la demande de soins rendent le secteur attrayant pour les investisseurs en quête de croissance et de stabilité. C’est l’analyse de Simone Poma, gérant de portefeuille au sein de la banque privée J. Safra Sarasin.
L’intelligence artificielle évoque spontanément les fabricants de puces, les centres de données et les éditeurs de logiciels. Le secteur pharmaceutique vient sans doute moins naturellement à l’esprit. Pourtant, la santé pourrait bien tirer parti de la révolution de l’IA.
Les valorisations des grands groupes pharmaceutiques américains ont fortement augmenté depuis la mi-2025. Cette progression s’explique en partie, mais pas entièrement, par l’amélioration des perspectives de bénéfices. Le secteur affiche actuellement une valorisation proche de sa moyenne de long terme. On ne peut donc pas parler de valorisations extrêmes.
La rapidité des progrès scientifiques est l’un des principaux motifs d’optimisme. De nouvelles technologies thérapeutiques permettent de traiter les maladies de manière toujours plus ciblée, aux niveaux moléculaire, génétique et cellulaire. L’IA peut contribuer à rendre le développement de nouveaux médicaments plus rapide et plus efficace.
Le secteur pharmaceutique joue ainsi un double rôle intéressant. Il bénéficie des applications de l’IA, tout en pouvant offrir une protection contre les valorisations élevées et la volatilité de certaines valeurs exclusivement positionnées sur l’intelligence artificielle. Les valeurs pharmaceutiques présentent donc un intérêt comme forme de couverture face aux risques boursiers liés à l’IA.
Le « mur des brevets » reste un risque
Cela ne signifie pas que le secteur soit exempt de risques. L’un des principaux défis reste le « mur des brevets », ou patent cliff. Lorsque les brevets protégeant des médicaments à succès arrivent à expiration, des génériques moins chers peuvent faire leur entrée sur le marché. Le chiffre d’affaires du laboratoire à l’origine du médicament peut alors chuter rapidement. Le secteur dispose toutefois des moyens de faire face à ce défi. Les laboratoires investissent massivement dans leurs propres portefeuilles de médicaments en développement et disposent d’une capacité financière suffisante pour racheter des sociétés de biotechnologie prometteuses ou acquérir des licences sur des médicaments.
Les perspectives de croissance sont particulièrement attrayantes en oncologie, dans le traitement des maladies auto-immunes, des maladies rares et des maladies neurodégénératives, ainsi que dans les traitements favorisant la perte de poids.
La Chine joue elle aussi un rôle croissant dans cette dynamique. Les groupes pharmaceutiques occidentaux acquièrent de plus en plus souvent des licences sur des médicaments développés par des sociétés chinoises de biotechnologie. La Chine peut s’appuyer sur de vastes populations de patients, des coûts de développement relativement faibles et une expertise en plein essor dans l’IA et le développement de médicaments. Les entreprises occidentales peuvent ainsi accéder à de nouveaux médicaments à un coût relativement limité.
L’Europe a elle aussi de solides atouts
Les laboratoires européens disposent également de réels avantages concurrentiels. L’Europe peut notamment se distinguer dans le domaine des maladies rares. Les médicaments orphelins peuvent être commercialisés à des prix relativement élevés, tout en ayant une incidence limitée sur les budgets publics.
Les fusions-acquisitions peuvent également soutenir le secteur. Pour faire face à l’expiration de leurs brevets, les grands laboratoires doivent étoffer leurs portefeuilles de médicaments en développement. Ils disposent, dans le même temps, d’importantes réserves de trésorerie. Les petites sociétés de biotechnologie et les médicaments prometteurs constituent dès lors des cibles d’acquisition attrayantes.
Voir au-delà du secteur pharmaceutique
Une conclusion plus générale s’impose aux investisseurs : pour tirer parti de la croissance structurelle du secteur de la santé, mieux vaut ne pas se limiter aux entreprises pharmaceutiques.
Les grandes tendances qui alimentent cette croissance ; vieillissement de la population, besoins médicaux non satisfaits et gains de productivité liés à l’IA, concernent en effet l’ensemble du secteur de la santé. Les technologies médicales, le diagnostic, les équipements pour les sciences de la vie et les services de santé peuvent également en bénéficier.
Une diversification plus large au sein du secteur de la santé permet en outre de réduire l’exposition aux risques propres à l’industrie pharmaceutique, tels que l’expiration des brevets, les résultats décevants des essais cliniques ou les interventions des pouvoirs publics sur les prix des médicaments.
Pour les investisseurs désireux de profiter de l’IA, les options ne se limitent donc pas aux grands noms de la technologie. Le secteur de la santé pourrait lui aussi figurer parmi les grands gagnants. L’industrie pharmaceutique offre, à cet égard, une combinaison attrayante d’innovation, de croissance structurelle et de flux de trésorerie relativement stables.


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