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L’IA et la personnalisation des soins au premier plan

Le gestionnaire louvaniste de fonds de capital-risque Capricorn Partners a lancé un deuxième fonds dans le domaine de la santé : le Capricorn Healthtech Fund II (CHF II). Le fonds investit, selon ses propres termes, dans la santé numérique et les technologies médicales capables de transformer fondamentalement le paysage des soins de santé. Lors de son premier closing en janvier 2025, il a déjà levé 51 millions d’euros. Nous avons rencontré Filip Pintelon, Investment Partner Health chez Capricorn Partners, pour parler de la stratégie du fonds, des segments de marché les plus prometteurs et de la manière dont il distingue le bon grain de l’ivraie. En effet, rien que durant les six premiers mois après son lancement, l’équipe Capricorn a reçu 500 business plans entrant dans le champ d’action du fonds. Quoi qu’il en soit, il perçoit d’énormes opportunités – et défis – dans le paysage européen de la santé.

Périmètre d’investissement

Le Capricorn Healthtech Fund II cible des entreprises qui améliorent structurellement les soins grâce aux technologies numériques et aux innovations médicales.
« Nous nous concentrons sur deux axes : la personnalisation des soins et les solutions intégrées dans l’écosystème complexe de la santé. Les entreprises qui, grâce à l’IA et aux données, peuvent mieux adapter les traitements au patient individuel, ou qui augmentent l’efficacité hospitalière via des outils intelligents, sont au cœur de notre sélection », explique Filip Pintelon.

« Nous avons resserré notre scope par rapport à notre premier fonds lancé il y a dix ans. Nous nous concentrons désormais exclusivement sur la santé numérique et les technologies médicales, en laissant de côté les investissements biotech. Nous avons constaté un réel besoin en Belgique mais aussi en Europe pour soutenir des entreprises plus rapidement scalables, capables d’avoir un impact sur le système de santé. Cela correspond mieux à la réalité du marché actuel et à notre expertise. Le premier fonds nous a beaucoup appris : ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, les écueils des trajectoires de développement trop longs, et l’importance d’une approche écosystémique. Nous appliquons aujourd’hui ces leçons de manière rigoureuse dans ce nouveau fonds. C’est une suite logique. »

La personnalisation comme thème clé

Selon lui, la santé diffère fondamentalement des autres secteurs.
« Dans la plupart des industries, les entreprises vendent directement aux clients. Dans la healthtech, c’est différent : celui qui décide de l’achat n’est souvent pas celui qui paie la facture. Assureurs et pouvoirs publics conditionnent l’adoption. »

Capricorn ne se limite donc pas à évaluer la technologie, mais examine surtout comment une innovation s’intègre dans cet écosystème.
« La question cruciale est toujours : qui en est réellement bénéficiaire ? Est-ce le médecin qui gagne en efficacité, l’hôpital qui optimise ses salles d’opération ou l’assureur qui réduit ses coûts ? Ce n’est que si cette valeur est claire dès le premier jour qu’une entreprise a une chance de croître durablement. »

Pintelon considère en outre la personnalisation comme un thème central :
« Aujourd’hui, les soins reposent souvent sur des moyennes, alors que des études montrent que jusqu’à 50 % des médicaments sont inefficaces. Avec la génétique, l’analyse de données et l’intelligence artificielle, les traitements peuvent être beaucoup mieux adaptés à chaque patient. Les tests ADN et les dispositifs portables fournissent des données permettant aux médecins de prendre des décisions plus précises. Cela améliore non seulement les résultats, mais rend aussi les soins plus rentables. Dans un système de plus en plus coûteux et complexe, c’est l’un des domaines d’investissement les plus prometteurs. »

La vitesse comme facteur clé

Une idée brillante ne suffit pas, selon l’Investment Partner Health :
« En biotech, il faut parfois dix à quinze ans de développement, d’essais cliniques et de procédures de remboursement avant de générer un chiffre d’affaires. Cela exige énormément de capital et de patience, et beaucoup d’investisseurs se lassent en chemin. Nous avons appris que la rapidité est cruciale : les entreprises doivent pouvoir démontrer assez tôt la valeur créée. Cela ne veut pas dire être sur le marché dès demain, mais il faut des preuves tangibles d’impact, d’usage et de valeur économique dès les premières années. »

La vitesse inspire aussi confiance :
« Si une entreprise met trop de temps, on finit par douter de sa réussite et les investisseurs deviennent méfiants. “Pourquoi n’y a-t-il toujours pas de traction après tant d’années ?” Cela peut être fatal, même si la technologie est bonne. C’est pourquoi nous privilégions les entreprises qui comprennent leur positionnement dans l’écosystème et qui réfléchissent dès le départ à qui utilisera et paiera leur solution. »


L’IA, désormais incontournable

Un exemple de portefeuille du fonds : une société qui utilise l’IA pour analyser des vidéos d’opérations chirurgicales afin de les documenter et les optimiser.
« Les interventions sont filmées anonymement et analysées par algorithmes sur l’ensemble du workflow. Résultat : les gains d’efficacité se situent moins dans l’acte chirurgical que dans la préparation et le suivi, permettant aux hôpitaux d’effectuer 1 à 3 opérations supplémentaires par jour. On accroît ainsi la rentabilité du service le plus coûteux et stratégique d’un hôpital. De plus, le logiciel montre qu’une grande partie du matériel médical reste inutilisée, ce qui aide les fabricants à réduire leurs coûts. C’est un bel exemple de logique écosystémique : médecins, hôpitaux et producteurs en bénéficient, ce qui accélère l’adoption. »

Faut-il craindre que l’IA remplace des emplois ? Pas dans la santé, selon Pintelon :
« Nous manquons déjà de médecins et d’infirmiers pour répondre à la demande croissante. L’IA n’est pas une menace, mais un allié indispensable. Prenez la radiologie : le nombre de scans explose, mais pas celui des radiologues. Souvent, il y a même une pénurie. Avec des outils d’IA, ils posent des diagnostics plus rapidement et plus précisément. »

Il cite un exemple dans l’imagerie cérébrale de patients atteints d’Alzheimer :
« L’IA détecte des micro-hémorragies invisibles à l’œil nu. Là où un radiologue diagnostique correctement dans 50 % des cas, le duo IA-médecin atteint 80 % de précision. En outre, les radiologues gagnent jusqu’à 30 % de temps, leur permettant de traiter davantage de patients. C’est l’exemple parfait d’une IA qui soutient et renforce au lieu de supprimer des emplois. C’est un domaine où de nombreuses percées sont encore à venir, et où nous voulons activement investir. »

Assez de dealflow en Europe ?

La question se pose : existe-t-il assez d’opportunités d’investissement en Europe, terrain de jeu du fonds ?
Pintelon hoche la tête : rien que durant les six premiers mois, l’équipe Capricorn Health a reçu 500 business plans entrant dans le scope du fonds.
« Cela montre qu’il existe suffisamment d’innovation et d’entrepreneuriat. Il s’agit souvent d’équipes qui mènent des recherches depuis plusieurs années, parfois issues d’universités ou de laboratoires, et qui sont maintenant prêtes à franchir le cap de la commercialisation. »

Mais il pointe un problème : le manque de financement.
« Aux États-Unis, le capital disponible dans ce secteur est beaucoup plus important. Les entreprises européennes se tournent donc tôt vers le marché américain, non par choix, mais par nécessité faute de ressources locales. Nous voulons combler ce fossé avec Capricorn. En offrant capital, expertise et réseau, nous permettons aux entreprises healthtech européennes de croître sans devoir émigrer. C’est positif pour l’économie, mais aussi pour le système de soins : les innovations développées ici sont mieux adaptées à notre réalité et à nos besoins. »


Horizon et taille du fonds

Filip Pintelon insiste : un fonds de capital-risque travaille toujours avec un horizon long.
« Pour CHF II, nous avons prévu dix ans : cinq pour sélectionner nos dix à quinze investissements, cinq pour effectuer des follow-ons et préparer les exits. Cela donne aux entreprises le temps de réaliser leur potentiel et établit les bases du rendement pour nos investisseurs. »

Il vise des tickets de 1 à 5 millions d’euros par société.
« Ce n’est pas un hasard : les start-ups très jeunes trouvent du financement auprès d’amis, de la famille, de business angels ou de programmes publics. Les grandes entreprises rentables attirent facilement le private equity. Mais dans cette phase intermédiaire cruciale, où quelques millions sont nécessaires pour accélérer, le marché européen est sous-développé. C’est là que nous voulons intervenir. »

Fort de vingt ans d’expérience – notamment chez Barco Healthcare – Pintelon sait qu’il faut investir avec patience et constance.
« L’objectif est d’ajouter en moyenne trois nouvelles participations par an. Parfois plus vite, parfois plus lentement. Mais sur cinq ans, nous voulons compléter le portefeuille. Ensuite, il s’agit de soutenir les sociétés, de réinvestir et d’accompagner leur expansion internationale. »

Des investisseurs fidèles

Les investisseurs existants des précédents fonds Capricorn reviennent souvent, ayant bâti une relation de confiance avec l’équipe.
Mais chaque nouveau fonds exige aussi de nouveaux apports :
« Les principaux investisseurs des éditions passées rempilent, mais de nouveaux partenaires sont nécessaires pour assurer la continuité et croître. »

Il souligne aussi le rôle des investisseurs publics :
des organismes comme Participatiemaatschappij Vlaanderen (PMV) et InvestNL soutiennent le fonds, conscients des besoins du marché.

De gauche à droite : Katrin Geyskens, Simon Wouters, Antoine D’Hollander, Dick Sietses et Filip Pintelon.

« Notre objectif est clair : confirmer et dépasser notre track record et tripler le capital de nos investisseurs. Cela représente un rendement annuel moyen de 15 %, ambitieux mais réaliste pour un fonds de venture capital. »

Il précise toutefois : « Le capital-risque est un engagement de long terme. Les investisseurs doivent accepter de bloquer leur argent pendant dix ans. Mais tout n’est pas appelé d’un coup : les appels de fonds sont échelonnés selon les investissements, et les retours aussi. Ce n’est pas une liquidité mobilisable en cours de route. En revanche, on obtient non seulement un rendement financier, mais aussi un impact sociétal : on contribue au développement de technologies qui rendent les soins plus personnalisés, efficaces et abordables. Pour beaucoup de nos investisseurs, c’est une motivation essentielle : investir dans le rendement et dans l’avenir de la santé. »

Fundraising permanent

À l’instar des entreprises qu’il finance, le Capricorn Healthtech Fund II est lui-même en levée de fonds continue.
« Lors du premier closing, nous avons levé 51 millions d’euros et nous visons un fonds de plus de 100 millions. La base est solide, mais nous cherchons encore activement du capital pour atteindre cet objectif », explique Pintelon.

Cela fait partie du modèle :
« Nous sommes aussi en fundraising, comme les entreprises où nous investissons. Il faut sans cesse démontrer notre valeur et pourquoi nous sommes le bon gestionnaire. »

Un processus intensif, ajoute-t-il, où les relations personnelles jouent un rôle décisif :
« Ce n’est pas seulement une affaire de chiffres. Les investisseurs nous rejoignent parce qu’ils partagent notre vision et notre manière d’investir. C’est une histoire de confiance et de vision commune. Le timing compte aussi : chaque investisseur a sa propre planification de cash, il faut donc trouver le bon moment où tout converge. »

Les défis du gestionnaire de fonds

Enfin, nous lui avons demandé quels sont les principaux défis d’un gestionnaire de fonds.
« C’est une stratégie de marathon. Il faut non seulement trouver les bonnes entreprises, mais aussi les soutenir pendant dix ans. Je vois trois grands défis.

  • Premièrement : appliquer sa stratégie avec rigueur. Les entrepreneurs sont souvent des conteurs passionnés, il est tentant de se laisser emporter. Mais nous devons revenir à nos critères : logique écosystémique, valeur créée, chemin vers une sortie. Cela demande de la discipline.
  • Deuxièmement : investir dans les relations et la confiance. Nous rencontrons souvent des équipes trop tôt pour notre fonds. Pourtant, nous prenons le temps, donnons des conseils, créons des liens. Cette confiance paie plus tard, quand elles sont prêtes.
  • Troisièmement : penser à l’exit dès le début. L’objectif final est de tripler l’investissement de nos partenaires. Cela n’est possible que si nos sociétés en portefeuille sont effectivement revendues ou introduites en bourse. À chaque investissement, nous nous demandons déjà : qui pourrait racheter cette entreprise dans cinq ou dix ans ? Un bon produit et une bonne équipe ne suffisent pas : il faut aussi un acquéreur futur. Sans cette perspective, on ne construit pas un fonds durable. »
Francis Muyshondt

Author Francis Muyshondt

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