H24 : Pour booster leur performance, les fonds à échéance ont investi le marché des obligations « high yield ». Entre visibilité et risque de crédit, ce positionnement est la marque de fabrique de ODDO BHF AM, pionnier en la matière depuis 2009. Mais le marché actuel est-il favorable et comment s’adapte-t-il aux fonds à échéance ?

Interview avec Alexis Renault, Responsable de la Gestion High Yield ODDO BHF Asset Management.
Alexis Renault : Le principe est clair : un fonds à échéance investit dans un portefeuille d’obligations dont les maturités coïncident avec celle du fonds. Lorsqu’il est orienté vers le high yield (obligations spéculatives à haut rendement), le fonds se concentre sur des émetteurs plus risqués (càd avec un risque de défaut plus important), dont la notation est comprise entre BB+ et CCC. La contrepartie de ce risque de crédit supplémentaire est une rémunération potentiellement plus élevée dans la durée.
H24 : Comment analysez-vous l’environnement de crédit ?
Il montre des signes de ralentissement, mais reste globalement satisfaisant selon moi. La saison des résultats du deuxième trimestre a affiché des résultats mitigés en raison des faibles performances opérationnelles et des perspectives moroses de quelques secteurs tels que l’automobile, l’emballage, les produits chimiques et les ressources de base. L’annonce de l’accord sur les tarifs douaniers a permis de lever l’incertitude. Dans le même temps, le plan de relance allemand et l’augmentation des dépenses de défense de l’UE devraient donner un coup de pouce aux entreprises. Sauf en cas de choc macroéconomique majeur, la croissance devrait être suffisante pour soutenir la classe d’actifs high yield.
H24 : Où en est le taux de défaut mondial et comment devrait-il évoluer ?
AR : Malgré un environnement de croissance plus lent, les défauts des entreprises sont restés relativement limités. Depuis le début de l’année, le taux de défaut des entreprises mondiales sur 12 mois, tel que calculé par Moody’s, est passé de 4,9 % à 4,4 % en septembre 2025, soit légèrement au-dessus de la moyenne à long terme de 4,2 %. Ce taux devrait atteindre 2,5 % selon leurs estimations dans les douze prochains mois.
H24 : Que pensez-vous du rendement offert par cette classe d’actifs ?
AR : Les spreads sont négociés à des niveaux serrés mais justifiés selon nous. Si on prend l’indice représentatif du marché des obligations high yield en euros (ICE BofA Euro Non-Financial Fixed & Floating Rate High Yield Constrained Index), le rendement à l’échéance est d’environ 5,5 % au 30 septembre 2025, contre 3,2 % au 31/12/2017, lorsque les spreads étaient aussi en dessous de 300 points de base [les performances passées ne préjugent pas des performances futures]. Par conséquent, détenir des obligations high yield pourrait être le principal moteur de la performance au cours des prochains mois.
H24 : Dans ce contexte, quelle serait la meilleure approche d’investissement selon vous ?
AR : Les échéances courtes sont le choix idéal selon moi en raison de la nature asymétrique du risque d’élargissement des spreads. Compte tenu de la situation actuelle, nous pensons que les stratégies à courte duration ou les fonds à échéance fixe avec une duration résiduelle courte constituent une option intéressante.
Toutefois, ces stratégies ne sont pas sans risques, et imposent également des exigences élevées à leurs gestionnaires comme une sélection prudente des crédits. Afin de mener une analyse de crédit approfondie, les gestionnaires doivent disposer de capacités de recherche adéquates, c’est-à-dire d’une équipe suffisamment importante. Une expérience acquise au cours de plusieurs cycles de crédit et une gestion prudente des risques peuvent également être des facteurs de succès essentiels.


