Interventionnisme politique américain : un risque de volatilité à suivre de près
Commentaire de Nicolas Heusicom, Investment Specialist, et Ilya Vercammen, Chief Strategist chez Puilaetco

L’interventionnisme à plusieurs niveaux
Les dernières nouvelles de Washington montrent à quel point la tentation de l’interventionnisme politique est grande. D’une part, le limogeage du statisticien en chef du Bureau of Labor Statistics, garant depuis des années de données indépendantes et fiables, est un signal inquiétant. D’autre part les débats sur les nominations politiques au sein de la Réserve fédérale vont bon train. L’équilibre entre le pouvoir et les institutions indépendantes semble se fragiliser.
Les marchés seront donc très attentifs au discours du président de la Fed, Jerome Powell, lors de la réunion de Jackson Hole qui débute ce jeudi. Compte tenu de la pression exercée par l’administration Trump, la dernière publication des chiffres de l’emploi américain a en effet ravivé les espoirs d’une baisse des taux d’intérêt en septembre (les marchés estiment cette probabilité à plus de 80 %). À l’approche de cette réunion, les investisseurs ont eu tendance à prendre leurs bénéfices, notamment sur les valeurs technologiques (le Nasdaq a perdu environ 1,4 % lors de la séance de mardi, sous l’influence de Nvidia qui a perdu plus de 3 %).
Outre l’incertitude sur la trajectoire des taux d’intérêt (qui pourrait influencer les valorisations du secteur), il faut suivre avec attention les récentes interventions du gouvernement américain en ce qui concerne les semi-conducteurs. Après avoir annoncé que Nvidia et AMD devaient céder 15 % de leur chiffre d’affaires en Chine (pour pouvoir y exporter certaines de leurs puces), l’administration Trump envisagerait désormais de prendre des participations dans des entreprises du secteur, telles qu’Intel, dont le CEO a récemment rencontré Donald Trump à la Maison Blanche.
L’ingérence politique n’est jamais perçue comme positive par les marchés et peut entraîner une forte augmentation de la volatilité et faire grimper la prime de risque sur les actifs américains. La diversification reste donc cruciale.
La Fed marche sur une corde raide
La probabilité d’une première baisse des taux en septembre est désormais réelle. Les derniers chiffres macroéconomiques américains dressent un tableau mitigé : l’inflation a été légèrement supérieure aux prévisions en juillet et reste supérieure à l’objectif de la Fed, tandis que les données sur le marché du travail et les indices PMI indiquent un ralentissement progressif de l’économie. Cela oblige la Fed à trouver un équilibre difficile. Un assouplissement prématuré pourrait déclencher une nouvelle vague d’inflation, mais attendre trop longtemps pourrait nuire à la croissance et accroître le risque de récession. La réunion de politique monétaire de septembre sera donc un moment décisif.
Nous pensons que la Fed décidera tout de même de procéder à une première baisse des taux (probablement en septembre), malgré la persistance de l’inflation. Nous pensons que la Fed décidera tout de même de procéder à une première baisse des taux (probablement en septembre), malgré la persistance de l’inflation. Le ralentissement de la croissance, l’affaiblissement du marché de l’emploi et le risque que les conditions monétaires soient trop restrictives l’emportent sur la légère hausse de l’inflation. Cela soutiendrait non seulement les marchés obligataires grâce à des taux d’intérêt plus bas, mais aussi les marchés actions grâce à des coûts de capital plus faibles et des valorisations plus élevées.
Conclusion : l’ingérence politique accroît l’incertitude mais une première baisse des taux de la Fed, en septembre, pourrait offrir aux marchés un répit bienvenu pour le second semestre.


