Commentaire d’Ilya Vercammen, Chief Strategist chez Puilaetco et Nicolas Heusicom, Investment Specialist
Les tensions géopolitiques et l’évolution du discours des banques centrales sont au centre de l’attention sur les marchés financiers cette semaine. La hausse des prix de l’énergie, l’incertitude au Moyen-Orient et l’évolution des anticipations de taux d’intérêt mènent à la prudence sur les marchés mondiaux.
Le dollar gagne du terrain alors que les risques géopolitiques s’intensifient
Le conflit au Moyen-Orient reste la principale cause de la volatilité actuelle. Après être brièvement redescendu à 90 USD alors que les dirigeants politiques laissaient entendre que la situation pourrait s’apaiser, le prix du Brent s’établit maintenant au-dessus de la barre des 110 USD suite aux dernières représailles de l’Iran sur des infrastructures énergétiques des pays du golfe. La fermeture du détroit d’Ormuz et la multiplication des attaques contre des navires commerciaux continuent de perturber les routes commerciales. Ni la libération des réserves stratégiques, ni l’assouplissement des sanctions sur les exportations de pétrole russe n’ont apporté de soulagement notable, ce qui a conduit le marché à se concentrer encore davantage sur les risques liés à l’offre.
Nous avons ramené notre exposition au dollar américain à un niveau neutre car le dollar a tendance à se renforcer en période de tensions géopolitiques.
Notre vision stratégique à long terme reste inchangée : malgré sa reprise à court terme, nous continuons de tabler sur un affaiblissement du dollar sur les prochaines années, sous l’effet des inquiétudes concernant la dynamique budgétaire aux Etats-Unis, de l’incertitude quant à l’indépendance de la Réserve fédérale. Afin de contrebalancer l’incertitude à court terme par nos convictions à long terme, nous maintenons des couvertures de change partielles sur les actions américaines et couvrons intégralement les obligations libellées en dollars, à l’exception d’une position sur la dette émergente en devises locales. En effet, si le dollar venait à s’affaiblir, les obligations et les actions libellées en monnaies locales des marchés émergents en profiteraient probablement.
Les banques centrales se concentrent à nouveau sur l’inflation alors que les prix de l’énergie augmentent
La hausse des prix de l’énergie a ravivé les craintes d’inflation, incitant les banques centrales à faire preuve de prudence. Bien que la dernière évolution des prix à la consommation aux Etats-Unis ait été conformes aux attentes, celle-ci ne reflète pas la hausse des tensions géopolitiques et la hausse des prix du pétrole soulève des questions quant à l’évolution prochaine de l’inflation.
Au sein de la BCE, plusieurs responsables ont souligné la nécessité de rester vigilant. La présidente Christine Lagarde a indiqué que la BCE « fera ce qui est nécessaire » pour éviter une répétition des chocs inflationnistes de 2022 et 2023, tandis qu’Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE, a souligné que les prévisions actualisées refléteront les récentes évolutions géopolitiques. Certains membres du Conseil des gouverneurs ont laissé entendre qu’une hausse des taux d’intérêt n’était pas exclue en cas de prolongation du conflit.
Un message similaire a été émis par la Banque d’Angleterre, où la responsable de la politique monétaire Megan Greene a averti que la Banque « ne peut pas partir du principe que la tendance à la désinflation se poursuivra sans interruption », soulignant les risques renouvelés dans le domaine de l’énergie.
Aux Etats-Unis, la Réserve fédérale a, comme prévu, laissé ses taux inchangés cette semaine. Le conflit avec l’Iran a complexifié le débat politique et incité les responsables à faire preuve de prudence. Les marchés n’anticipent désormais qu’une seule baisse des taux pour 2026 ; notre scénario de base table toujours sur deux baisses si le conflit reste sous contrôle. Les taux obligataires ont augmenté sur les marchés principaux, le Bund allemand à 10 ans approchant les 3 %. Nous restons sous-pondérés en obligations et maintenons une légère surpondération en actions, soutenue par une large diversification et des facteurs de réduction des risques, tels que l’or, les matières premières, les obligations indexées sur l’inflation et certains instruments de couverture.


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