Christopher Govaerts (Nagelmackers) souligne que les incertitudes actuelles restent trop nombreuses pour espérer un rebond significatif des marchés durant le second semestre.

« Après deux excellentes années sur les marchés financiers en 2023 et 2024, il était trop optimiste de s’attendre à une nouvelle année de fortes performances en 2025. Nous étions d’ailleurs relativement prudents au moment d’aborder la nouvelle année », se rappelle Christofer Govaerts (Stratégiste en chef chez Nagelmackers). « Même si nous avons été parmi les meilleurs du marché en termes relatifs, la performance absolue a été relativement décevante en 2025 ».
Triple dommage
Après le rallye provoqué par l’élection de Donald Trump, de nombreux investisseurs ont décidé de prendre leurs bénéfices sur les Magnificent Seven, qui avaient été au cœur de la surperformance des marchés durant les deux années précédentes. « Nous avons également eu l’impact de DeepSeek, qui a mis un gros point d’interrogation sur le besoin d’investir des dizaines de milliards de dollars dans l’intelligence artificielle ». Contrairement aux attentes, ce sont les actions européennes qui ont tiré la performance boursière au niveau mondial. « Dans un indice global, leur poids est toutefois plus faible que les actions américaines. »
Enfin, l’autre élément significatif du premier semestre a été la chute du dollar américain, en partie provoquée par les décisions de l’administration Trump sur les tarifs douaniers et par les perspectives défavorables pour la situation budgétaire. Pour le marché obligataire, la tendance au niveau américain s’est également inversée, avec une politique monétaire qui est nettement moins accommodante que les attentes du début d’année.
« Alors que le marché s’attendait à quatre baisses du taux directeur américain, la Réserve fédérale a constamment repoussé cette échéance en raison des incertitudes liées à l’inflation, avec, au mieux, deux baisses à attendre d’ici la fin 2025. Une conséquence extrêmement rare a été l’évolution négative simultanée du dollar, du marché obligataire et des actions américaines durant le premier semestre. Trump 2.0 a été la pire administration américaine pour les investisseurs depuis 1975. »
Incertitudes américaines
Pour les prochains mois, Christofer Govaerts pointe le dollar comme principal facteur de risque sur les marchés financiers, de même que les décisions qui seront prises concernant les tarifs douaniers à l’expiration du moratoire prévu pour le 9 juillet. « Last but not least, il y a la Big Beautiful Bill que l’administration Trump essaie de faire adopter, et qui constituerait certainement un facteur d’incertitude supplémentaire pour les actifs américains, compte tenu de la dégradation du déficit budgétaire qui en découlerait. »
Pour les prochains mois, il estime peu probable que le marché américain se redresse suffisamment pour atteindre l’objectif fixé en début d’année 2025. « Il y a beaucoup d’incertitudes à court terme. Au niveau de nos portefeuilles, nous avons déjà pris des mesures préemptives pour rendre les profils un peu plus défensifs et limiter la volatilité des performances », notamment à travers des couvertures sur l’exposition des portefeuilles au dollar américain. « En revanche, si le dollar venait à passer sous la barre de 1,2 face à l’euro, je pense que nous cesserions de couvrir notre exposition à la devise américaine. »
Si la tendance boursière devait rester sous pression durant le troisième trimestre, « nous pourrions toutefois avoir des surprises plus positives au cours des trois derniers mois de 2025, ce qui pourrait nous permettre d’atteindre une performance stable sur l’ensemble de l’année ».
Au niveau du marché obligataire américain, Christofer Govaerts souligne qu’il faut rester sur la partie courte de la courbe au niveau américain en raison des incertitudes entourant le programme de dépenses budgétaires. « Cette incertitude pourrait perdurer jusqu’en septembre, avec une Big Beautiful Bill susceptible d’être ajustée, voire supprimée ; or, les marchés n’apprécient généralement pas un tel environnement. »
Opportunités européennes
En Europe, « il faudra, comme d’habitude, du temps avant que les plans d’infrastructure commencent à impacter les perspectives de croissance. Nous continuons toutefois de surpondérer les actions européennes par rapport aux américaines ». Dans le même temps, la BCE poursuit sa politique de baisse du taux directeur, avec un taux terminal qui devrait se situer entre 1,5% et 1,75%, et qui est déjà tombé à un niveau accommodant. « C’est probablement un bon moment pour faire une pause et attendre de voir l’impact des tarifs sur la croissance et l’économie. »
Dans ce contexte, il estime que les obligations d’entreprises européennes restent une zone du marché à privilégier. « Elles ont réalisé de bonnes performances durant le premier semestre, et nous avons récemment décidé de relever légèrement notre exposition sur le crédit de bonne qualité (Investment Grade) au détriment de la dette émergente et du crédit High Yield. Dans un contexte d’incertitude budgétaire, cette partie du marché pourrait s’avérer être une bonne zone pour se réfugier, les entreprises Investment Grade ayant des situations financières généralement très solides ».


