Commentaire de Nicolas Heusicom, Investment Specialist, et Ilya Vercammen, Chief Strategist chez Puilaetco

Restrictions commerciales sur les terres rares contre droits de douane de 100 % sur toutes les importations chinoises
Le président américain Donald Trump a menacé d’imposer des droits de douane de 100 % sur toutes les importations chinoises d’ici le 1er novembre, en réponse aux restrictions commerciales imposées par la Chine sur les terres rares, qui sont essentielles à la production technologique dans de nombreux secteurs. La décision de la Chine était elle-même une mesure de rétorsion suite aux restrictions imposées précédemment par les États-Unis sur les puces électroniques.
Cette nouvelle menace survient dans le contexte d’une éventuelle rencontre entre Trump et le dirigeant chinois Xi Jinping en marge du sommet économique Asie-Pacifique qui se tiendra en Corée du Sud du 30 octobre au 1er novembre. De nombreux chefs d’entreprise et investisseurs considèrent cette rencontre comme essentielle pour trouver un accord commercial plus durable ou, tout du moins, suspendre les droits de douane afin de permettre la poursuite des négociations.
Notre première impression est qu’il s’agit probablement d’une menace de négociation, et non d’un plan réalisable, en tout cas pas sur une longue période. En effet, les entreprises américaines dépendent fortement de la Chine pour leurs produits intermédiaires ; l’imposition de droits de douane généralisés provoquerait un chaos dans la chaîne d’approvisionnement et ferait grimper l’inflation, alors même que la Fed assouplit sa politique monétaire.
Ce scénario sous-tend que nous pourrions connaître une période initiale de volatilité des marchés boursiers, en particulier dans les secteurs cycliques et le matériel technologique, suivie d’un certain apaisement si des canaux informels signalent une modération ou une volonté de compromis, comme Donald Trump et le vice-président Vance semblent l’avoir suggéré ce week-end.
La Chine pourrait d’abord riposter de manière symbolique, par exemple en resserrant les licences d’exportation pour les terres rares ou en ciblant l’agroalimentaire américain, mais elle éviterait une guerre commerciale à grande échelle avant d’avoir évalué la détermination de Donald Trump.
Une tactique déjà éprouvée
Lors du premier mandat de Donald Trump, une tactique de négociation sous forme d’escalade puis de désescalade a déjà été utilisée en 2018-2019 : Trump avait augmenté les droits de douane, puis désamorcé la situation en concluant des accords de « phase 1 » avant la période électorale. À l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis et compte tenu de la nécessité de soutenir l’économie, nous pensons que ce scénario est assez probable.
Les menaces douanières créent un levier pour la renégociation. Une fois que les gros titres seront parus et que les pressions inflationnistes auront refait surface, les États-Unis pourraient présenter un retrait partiel comme une « victoire ».
Le Congrès et les lobbies des grandes entreprises (commerce de détail, automobile, technologie) s’opposeront probablement à une mise en œuvre complète, ce qui limitera la durée de la crise. À ce stade, nous nous attendons donc à un pic rhétorique suivi d’un recul négocié, peut-être avec des accords et des dispositions particulières concernant des secteurs, des composants et des matières premières critiques (puces, IA, batteries, terres rares) plutôt que des droits de douane généralisés.
À plus long terme, la tendance reste celle d’une fragmentation géopolitique et d’une régionalisation du commerce, avec des relations conflictuelles entre les États-Unis et la Chine. Les États-Unis et la Chine devraient continuer à stimuler la production d’intrants stratégiques (semi-conducteurs, technologies propres, matériaux de défense) grâce à des subventions et à des mesures réglementaires.


