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La medtech Onward, cotée sur Euronext Bruxelles, a publié ses résultats annuels. C’est toujours une bonne occasion, lors d’un entretien avec le CEO Dave Marver, d’évaluer concrètement la position actuelle de l’entreprise. Le fil conducteur de l’interview est la transformation qu’opère aujourd’hui Onward, passant d’une organisation axée sur la recherche à une structure davantage commerciale, ce qui implique certains ajustements.

ARC-EX sur le marché

Les résultats annuels d’Onward Medical reflètent pour la première fois l’impact de la commercialisation aux États-Unis de son premier produit, ARC-EX. En 2025, le chiffre d’affaires s’est élevé à 5,4 millions d’euros, dont 3,7 millions issus directement des ventes de produits, le reste provenant de subventions. Les pertes importantes en bas de compte de résultats étaient attendues, l’entreprise investissant massivement dans son déploiement commercial tout en poursuivant ses efforts en recherche et développement.

En octobre 2025, le groupe a levé 50,8 millions d’euros de nouveaux capitaux, clôturant l’année avec une trésorerie de 68,1 millions d’euros, ce qui lui permet de financer ses activités au moins jusqu’au premier semestre 2027.

En 2025, Onward a vendu 117 systèmes ARC-EX. « Il s’agit du nombre d’appareils vendus et non du nombre de patients individuels. Un seul appareil dans une clinique peut servir 15 à 20 patients, ce qui signifie que le nombre réel de patients traités est nettement plus élevé. C’est une nuance importante », précise Marver.

Pour rappel, ARC-EX est un dispositif non invasif qui améliore la force et la sensibilité des mains chez les personnes atteintes de lésions de la moelle épinière. Il a été approuvé par la FDA en décembre 2024. Le système stimule la moelle épinière via des électrodes externes délivrant de légères impulsions électriques. Même une amélioration modeste peut considérablement accroître l’autonomie et la qualité de vie des patients.

Listes d’attente

Selon Dave Marver, les chiffres ne racontent pas toute l’histoire : la technologie est adoptée plus rapidement que prévu. « En toute objectivité, et sur la base de plus de 30 ans d’expérience dans la medtech, il est exceptionnel qu’une nouvelle technologie soit adoptée dès la première année par plus de 80 cliniques aux États-Unis, soit environ 25 % du total. De plus, de nombreux hôpitaux ont des listes d’attente, ce qui en dit long sur la demande. »

Ce n’est toutefois qu’une première phase. Fin 2025, ARC-EX a également obtenu une autorisation aux États-Unis pour un usage à domicile. « C’est là que nous pourrons réellement changer d’échelle. Contrairement aux cliniques, chaque patient dispose alors de son propre appareil. Les cliniques deviennent des centres d’apprentissage, après quoi la transition vers le domicile est naturelle. »

Potentiel de marché

Cette stratégie devrait se traduire dès 2026 par une nette accélération de la croissance. Bien que l’entreprise ne publie pas de prévisions officielles, Marver donne une indication : « Nous nous attendons à ce que notre chiffre d’affaires double au minimum l’an prochain, comme le suggèrent d’ailleurs plusieurs analystes. »

La croissance proviendra d’une combinaison de facteurs : une pénétration accrue des cliniques américaines, le lancement de l’usage à domicile et les premiers pas commerciaux en Europe. « Notre marché potentiel est considérable : environ 200 000 patients médicalement éligibles aux États-Unis et en Europe, rien que pour la récupération de la fonction de la main. »

Il souligne également l’existence d’une demande spontanée : « Nous recevons des milliers de demandes de patients et de cliniciens, ce qui est assez exceptionnel. On voit aussi de nombreuses vidéos sur les réseaux sociaux montrant des patients retrouver des mouvements après des années grâce à notre technologie. » Selon lui, cette demande s’explique par l’absence de solutions alternatives : « Il n’existait tout simplement pas de thérapie pour ces patients. »

L’Europe nécessite une approche différente

Le modèle américain n’est pas directement transposable en Europe, où le marquage CE a été obtenu en 2025 et où un déploiement progressif a débuté. « L’Europe présente une dynamique différente. Le marché est fragmenté, nous devons donc adopter une approche intelligente et efficace », explique Marver. Cela implique une combinaison d’équipes commerciales propres sur les marchés clés et de partenariats avec des distributeurs ailleurs.

La question du remboursement constitue également un défi majeur. « Aux États-Unis, nous avons un plan clair pour atteindre une couverture de 80 % ou plus de la population dans les trois à quatre ans. En Europe, nous avancerons de manière plus progressive, en commençant par des marchés importants comme l’Allemagne. »

Même sans remboursement complet, la demande existe déjà, notamment aux États-Unis : « Nous observons une demande plus forte que prévu de la part de patients qui paient eux-mêmes. Le système de santé militaire américain effectue également déjà des achats. »

Des coûts en hausse, un choix assumé

Pour les investisseurs, la question reste de savoir combien de fois l’entreprise devra encore lever des fonds, comme en octobre 2025. « Notre objectif est de sortir de la dépendance aux levées de capitaux et de générer notre propre cash-flow. Nous visons la rentabilité dans un délai de 36 à 48 mois. »

Cette ambition repose sur une forte croissance du chiffre d’affaires, portée par la commercialisation, l’usage à domicile et l’expansion européenne, ainsi que sur des marges solides. « Nos marges brutes sont déjà élevées et, avec la croissance du chiffre d’affaires, cela devrait nous permettre de générer du cash. »

Marver reconnaît toutefois que les coûts augmentent fortement en raison de la structuration commerciale : « Les investisseurs attendent que nous investissions en tant qu’entreprise de croissance, mais nous restons prudents et progressons par étapes. »

« Notre principal défi est de poursuivre notre développement en nous concentrant sur deux priorités : la commercialisation d’ARC-EX et le développement d’ARC-IM. » Ce dernier est actuellement testé dans l’étude mondiale Empower BP. « Nous sommes déjà présents sur dix sites aux États-Unis et travaillons à intégrer rapidement des patients. Nous visons une approbation au second semestre 2028. »

Une action sous pression, une vision à long terme

Malgré les progrès opérationnels, le cours de l’action est à son plus bas niveau depuis deux ans. Pour Marver, cela reflète surtout les conditions de marché : « Cela s’explique principalement par les incertitudes géopolitiques et les préoccupations liées aux taux d’intérêt, qui pénalisent davantage les petites entreprises sans flux de trésorerie positif. »

Il souligne que de nombreuses medtech européennes dans une situation similaire subissent les mêmes pressions. « Comparé à nos pairs dans le Benelux, nous résistons plutôt bien. »

Il insiste également sur la perspective à long terme des investisseurs : « Nous avons principalement des investisseurs de long terme, qui regardent le potentiel des prochaines années. Lorsque ARC-IM sera sur le marché, que notre chiffre d’affaires approchera les 100 millions d’euros et que nous atteindrons la rentabilité, ils souhaitent en récolter les fruits. »

Dans cette optique, il considère la valorisation actuelle comme temporaire : « Il est rare de trouver une entreprise ayant déjà surmonté une grande partie des risques tout en conservant un potentiel de multiplication de sa valeur par cinq ou plus. »

Le Nasdaq comme prochaine étape stratégique

Par ailleurs, Onward se tourne vers le marché américain des capitaux. L’entreprise a déposé un dossier auprès de la SEC en vue d’une éventuelle cotation au Nasdaq. Pour Marver, il ne s’agit pas d’une démarche opportuniste, mais d’une étape logique : « Nous avons toujours indiqué vouloir nous introduire au Nasdaq. Nous sommes un acteur très innovant en neurotechnologie, notamment dans les interfaces cerveau-ordinateur, et cela sera reconnu par les investisseurs américains. »

Une cotation aux États-Unis offrirait l’accès à un plus large vivier d’investisseurs spécialisés, familiers des entreprises de croissance en medtech et deeptech. Cela pourrait soutenir la valorisation, améliorer la liquidité du titre et élargir les possibilités de financement.

La prudence reste toutefois de mise : « Il est essentiel de bien faire les choses ; la vitesse est secondaire. »

Francis Muyshondt

Author Francis Muyshondt

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