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Les chiffres du premier trimestre montrent que les premières avancées commerciales de la société medtech Onward Medical commencent à porter leurs fruits. Le marché ne semble toutefois pas encore totalement convaincu. L’occasion d’un nouvel entretien avec le CEO Dave Marver, qui tente de mieux contextualiser la croissance tout en dévoilant une partie de ses ambitions.

Cotée à la Bourse de Bruxelles, Onward développe des technologies de stimulation de la moelle épinière destinées à restaurer le mouvement, les fonctions motrices et l’autonomie chez les personnes souffrant d’une lésion médullaire ou d’autres troubles neurologiques. Avec ARC-EX, l’entreprise dispose déjà d’un système externe approuvé par la FDA, tandis qu’ARC-IM, sa plateforme implantable, représente sa véritable promesse à long terme.

Des chiffres en hausse

Onward, cotée sur le marché bruxellois, a publié ses résultats du premier trimestre. Le chiffre d’affaires a atteint 2 millions d’euros sur la période, dont 1,3 million provenant de la vente des systèmes ARC-EX. Le déploiement commercial s’accélère : sur l’ensemble de l’année 2025, le chiffre d’affaires s’élevait à 5,4 millions d’euros, dont 3,7 millions issus directement des ventes de produits. Le premier trimestre représente donc déjà plus d’un tiers de ces ventes.

L’évolution la plus marquante du trimestre est l’accélération de l’usage à domicile d’ARC-EX. Pour la première fois, Onward a livré des systèmes directement aux patients pour un usage domestique. « La demande pour l’utilisation à domicile a dépassé nos attentes », souligne Dave Marver. « C’est stratégique, car jusqu’à présent, la thérapie était principalement administrée dans des centres de rééducation spécialisés. »

Selon lui, le véritable potentiel de montée en puissance réside dans ce modèle à domicile : « Les patients découvrent d’abord la technologie en clinique, puis passent ensuite à un appareil personnel. » Le CEO estime que cela constituera le principal moteur de croissance des prochains trimestres.

Dans le même temps, la position financière de l’entreprise a encore été renforcée récemment. Fin mars, le groupe disposait de 53,4 millions d’euros de liquidités, après avoir levé plus de 40 millions d’euros de capitaux frais en avril, notamment grâce à un investissement de 25 millions d’euros d’EQT Life Sciences. Selon le management, cela permet désormais de financer les activités jusqu’au premier trimestre 2028, offrant ainsi davantage de marge de manœuvre pour se concentrer pleinement sur la commercialisation et le développement clinique.

Des hôpitaux également en Europe

La mise à jour a également révélé que 70 systèmes ARC-EX ont été livrés au cours du premier trimestre et que le groupe est désormais présent dans plus de 100 hôpitaux et centres de rééducation dans le monde. Pour Marver, cela constitue une base essentielle pour développer davantage l’usage à domicile.

« Les patients découvrent généralement ARC-EX dans une clinique spécialisée avant d’éventuellement passer à un appareil destiné à un usage personnel. L’usage à domicile ouvre un marché bien plus vaste pour ARC-EX. C’est pourquoi nous restons convaincus que le chiffre d’affaires peut doubler cette année. »

Une limite importante subsiste toutefois : aux États-Unis, il n’existe pas encore de remboursement public pour l’usage à domicile. Marver n’attend pas de remboursement avant plusieurs années. « Tant que ce remboursement ne sera pas en place, nous ne pourrons pas exploiter tout le potentiel du marché », explique-t-il. Il souligne néanmoins que certains patients sont aujourd’hui prêts à financer eux-mêmes cette technologie.

Il ajoute également que des avancées importantes ont surtout été réalisées ces derniers mois en Europe. « Nous disposons désormais de six cliniques hors des États-Unis, réparties dans six pays européens différents », précise-t-il. L’entreprise développe à la fois des équipes commerciales directes et indirectes en Europe et au Royaume-Uni.

Le CEO reconnaît toutefois que le marché européen est plus complexe que le marché américain : « Chaque pays possède son propre système de remboursement et sa propre structure de soins de santé. C’est pourquoi l’Europe progresse plus lentement que les États-Unis. »

Veterans Affairs comme catalyseur

Une grande partie des premiers utilisateurs à domicile provient du réseau américain des anciens combattants. Selon Marver, cela n’a rien d’un hasard.

« ARC-EX correspond parfaitement aux objectifs stratégiques de l’organisation Veterans Affairs et répond très bien aux besoins spécifiques des vétérans souffrant de lésions médullaires. »

Selon lui, ARC-EX s’intègre idéalement dans la stratégie de Veterans Affairs visant à transférer davantage de soins vers le domicile, tant pour des raisons pratiques qu’économiques.

L’intérêt grandit également de manière organique au sein de cette communauté, les vétérans échangeant entre eux des informations sur les nouveaux traitements. Au cours des dernières années, Onward a activement investi dans ces relations via des conférences et des collaborations avec des organisations telles que Paralyzed Veterans of America.

« Nous voulons nous assurer que les gens savent que cette technologie existe », explique Marver, qui insiste sur l’importance des réseaux sociaux et des communautés de patients dans cette stratégie.

Le véritable levier : ARC-IM

Même si ARC-EX constitue aujourd’hui le moteur commercial du groupe, la véritable valeur stratégique réside selon Marver dans ARC-IM, la plateforme implantable de l’entreprise.

Au premier trimestre, l’étude Empower BP a été lancée afin de démontrer qu’ARC-IM peut traiter l’instabilité de la pression artérielle après une lésion médullaire. Douze sites cliniques ont déjà été activés pour cette étude.

« C’est pour ce produit que nous avons créé l’entreprise », affirme-t-il sans détour.

La valeur stratégique d’ARC-IM réside principalement dans la vaste gamme d’applications potentielles : « Nous voyons à terme des possibilités liées à la station debout, à la marche, à l’incontinence urinaire et à d’autres indications neurologiques. »

Sur le plan financier, le potentiel est nettement supérieur à celui d’ARC-EX. « ARC-IM suit le parcours PMA beaucoup plus strict de la FDA, ce qui conduit traditionnellement à des marges plus élevées et à des barrières à l’entrée plus importantes. Cela pourrait également susciter davantage d’intérêt en matière de fusions-acquisitions et rendre le groupe plus attractif comme cible de rachat », conclut le CEO.

L’IA comme pilier stratégique

L’intelligence artificielle offre également de plus en plus de possibilités au groupe.

« Alors que de nombreuses entreprises découvrent soudainement l’IA aujourd’hui, nous utilisons déjà l’intelligence artificielle depuis des années dans nos systèmes. »

Au sein de la plateforme ARC-BCI, qui relie les signaux cérébraux à la stimulation de la moelle épinière, l’IA joue un rôle clé. Les algorithmes interprètent l’activité cérébrale et la traduisent en instructions destinées à la moelle épinière.

« Nous utilisons également l’IA pour optimiser automatiquement les paramètres de stimulation pour les patients. »

Selon Marver, l’IA ne constitue donc pas simplement un argument marketing, mais un élément essentiel de la propriété intellectuelle de l’entreprise.

Une levée de fonds qui offre de l’oxygène

Mi-avril, la société medtech a levé 40,6 millions d’euros de capitaux frais via un placement privé de 13,5 millions d’actions. Cela prolonge sa visibilité financière jusqu’au premier trimestre 2028.

Selon Marver, cela soulage non seulement le bilan, mais aussi l’équipe dirigeante : « Le principal avantage est que le management peut désormais se concentrer pleinement sur le business plutôt que sur le financement et les relations investisseurs. »

Environ 25 millions d’euros provenaient du groupe d’investissement suédois EQT Life Sciences. Pour Marver, il ne s’agissait pas seulement d’une opération financière, mais aussi d’un signal stratégique fort.

« EQT était déjà actionnaire depuis 2015, mais a décidé d’augmenter fortement sa participation. Cela a constitué pour nous un vote de confiance très important. »

Dans la foulée, le CEO évoque explicitement une possible cotation américaine. Onward a déjà préparé un dossier F-1, rendant une introduction au Nasdaq techniquement possible dès que les conditions de marché et la taille du groupe le permettront.

Une cotation au Nasdaq offrirait à Onward un accès à un bassin bien plus large d’investisseurs spécialisés dans la medtech ainsi qu’une plus grande visibilité sur le marché américain.

Un marché encore prudent

Malgré les progrès opérationnels, l’action continue de sous-performer. Elle cotait encore au-dessus de 5 euros fin 2025 et est aujourd’hui retombée sous les 3 euros.

Marver reconnaît cette faiblesse, tout en la replaçant dans le contexte plus large de la faiblesse générale du secteur medtech. Il reste néanmoins optimiste quant à l’évolution boursière.

« Nous résistons relativement bien par rapport à nos concurrents sectoriels, ce qui montre que les investisseurs reconnaissent bel et bien l’exécution commerciale. »

Les investisseurs semblent toutefois attendre davantage de preuves concernant la capacité de l’entreprise à atteindre une croissance durable et à changer d’échelle.

Francis Muyshondt

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