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Le symposium annuel de Jackson Hole des banquiers centraux a marqué cette année un net changement de ton. Selon Karsten Junius, Chief Economist chez Bank J. Safra Sarasin, la nouvelle évaluation des risques présentée par Jerome Powell a constitué le principal catalyseur du rallye des actifs risqués vendredi dernier. Une baisse des taux en septembre semble désormais très probable, même si la conférence a livré d’autres enseignements importants.

Les principaux messages de Powell

Dans son discours, le président de la Fed a formulé plusieurs remarques significatives :

  • Un marché du travail en équilibre fragile. La demande comme l’offre de main-d’œuvre ont reculé, ce qui selon Powell accroît le risque de pertes d’emplois.
  • Un impact limité des droits de douane sur l’inflation. Les tarifs d’importation plus élevés ne font grimper les prix que temporairement. Le risque d’une spirale prix-salaires lui paraît peu probable, car le marché du travail n’est pas particulièrement tendu.
  • Une marge pour un assouplissement monétaire. Le nouvel équilibre des risques peut justifier un ajustement des taux directeurs.
  • Une politique monétaire légèrement restrictive. Powell a qualifié la politique actuelle de « modérément restrictive », ce qui renforce la probabilité d’une baisse de taux dès septembre. Une série de baisses rapides n’interviendrait qu’en cas de détérioration plus marquée du marché du travail.
  • Un retour à une cible d’inflation flexible. La Fed abandonne la stratégie dite de « rattrapage » (make-up strategy), qui consistait à compenser une inflation trop faible par une inflation ultérieurement plus élevée. L’expérience récente a montré que des niveaux d’inflation plus élevés sont possibles et que les anticipations restent bien ancrées, rendant cette approche superflue.

Nakamura : les limites de la règle de Taylor

Outre Powell, la contribution la plus remarquée est venue de l’économiste Nakamura et de ses coauteurs. Ils ont souligné les limites de la règle de Taylor, selon laquelle les taux directeurs devraient augmenter plus fortement que l’inflation. Depuis 2008, cette approche n’a pas fonctionné et ne devrait pas constituer une référence pour l’avenir.

Ils plaident au contraire pour que les banques centrales puissent ignorer certains chocs temporaires. L’élément déterminant est alors la crédibilité des banques centrales : tant que les anticipations d’inflation restent solidement ancrées, la politique monétaire peut être conduite de façon plus souple. Mais Nakamura avertit que cette crédibilité –

patiemment acquise grâce à l’indépendance et à l’historique de la Fed – peut se perdre beaucoup plus vite qu’elle ne s’est construite.

Lagarde : une évolution exceptionnelle de l’emploi en zone euro

La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a rappelé à Jackson Hole que l’inflation avait fortement reculé sans la contrepartie habituelle d’une hausse du chômage. Bien au contraire : entre fin 2021 et mi-2025, l’emploi dans la zone euro a progressé de 4,1 %, soit 6,3 millions de postes supplémentaires.

Cette évolution exceptionnelle du marché du travail a permis d’éviter une récession tout en ramenant l’inflation vers l’objectif. Pour les marchés financiers, ce scénario d’atterrissage en douceur est déterminant : il réduit le risque de récessions provoquées par la politique monétaire et justifie de ce fait des valorisations plus élevées des actifs risqués.

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