Christopher Dembik, Senior Investment Strategy Adviser Pictet Asset Management.
Nous sommes face à un nouveau régime d’inflation aux États-Unis. L’inflation super-core* est supérieure à 3% depuis quatre ans, contre moins de 3% au cours des huit années précédant la Covid. Ce n’est pas uniquement lié aux taxes douanières. Loin de là. Prenons l’électricité. Son prix s’envole à cause d’une incapacité des infrastructures actuelles de production de répondre à la demande accrue résultant de l’IA et de la climatisation. Résultat, selon une étude de la Fed, neuf des treize marchés régionaux de l’électricité aux États-Unis ont été confrontés à des surtensions et à des risques de blackout au cours de l’été. La situation n’est malheureusement pas près de s’améliorer.
Est-ce que cela remet en cause la baisse des taux en septembre ? Non. En revanche, une nouvelle baisse en octobre est incertaine à ce stade. Ce manque de visibilité de la politique monétaire intervient au pire moment, alors que le marché bruisse de rumeurs concernant le nom du remplaçant de Powell. Ce dernier quitte ses fonctions en mai 2026. Quatre noms circulent : Kevin Hasset (proche de l’administration Trump), Christopher Waller (figure plus consensuelle), David Zervos (si Trump souhaite renverser la table et choisir une figure moins technocratique) et même Janet Yellen qui pourrait faire son grand retour. Pour l’instant, un brouillard largement entretenu par la Maison Blanche domine. Patience.
À surveiller
La saison des résultats se termine sur les chapeaux de roue avec Nvidia ce mercredi qui publie après la clôture de Wall Street. Jusqu’à présent, les entreprises technologiques américaines n’ont pas déçu. Peu probable que ce soit le cas de Nvidia qui a pour habitude de dépasser les attentes. Cela n’empêche pas des prises de bénéfice dans la foulée, et une baisse temporaire du cours de bourse. L’enjeu pour l’entreprise n’est pas de démontrer sa capacité à amortir les effets de la guerre commerciale. Cela devrait être largement compensé par les ventes de la puce Blackwell. En revanche, il faudra absolument rassurer sur sa capacité à diversifier sa base clientèle qui est très concentrée autour de quelques grands acteurs technologiques américains. C’est le défi des prochains trimestres. Sur l’année 2025, le chiffre d’affaires est prévu à $200 milliards, en hausse de +55% sur un an. La marge brute devrait rester stable, autour de 70%. Cela conforte l’assise dominante de Nvidia dans la révolution de l’IA.
Vous ne l’avez pas lu dans la presse
Sur une note décontractée, la tournée d’adieu d’Oasis pourrait faire grimper l’inflation britannique de 0,04%. Dix-neuf dates sont prévues outre-Manche. Cette hausse attendue devrait résulter essentiellement de la flambée temporaire des tarifs hôteliers. Un phénomène similaire avait été observé pour les concerts de Taylor Swift et de Beyoncé ces dernières années. Pas de quoi fouetter un chat, toutefois. Cela ne devrait pas remettre en cause le biais accommodant de la Banque d’Angleterre (taux directeur abaissé à 4% en août – un point bas de deux ans).
*L’inflation super-core exclut les variations des prix de l’immobilier. C’est une mesure qui est suivie de près depuis novembre 2022, lorsqu’à l’occasion d’un discours, le président de la Fed, J. Powell, avait déclaré qu’il s’agit « certainement de la plus importante mesure des prix pour comprendre l’évolution future de l’inflation sous-jacente ».


