Simone Poma, PhD Leonildo Delgado, Joran Mambir
Imaginez qu’un simple examen médical détecte une anomalie cardiaque silencieuse des années avant l’apparition des symptômes. Qu’un traitement de haute précision transforme, en une seule intervention, le destin d’un patient.
Les maladies cardiovasculaires restent la première cause de décès au monde, responsables de près de 18 millions de morts par an. Mais la médecine a radicalement évolué : l’imagerie avancée et les tests biologiques permettent aujourd’hui des diagnostics précoces et précis, ouvrant la voie à des thérapies ciblées, personnalisées et potentiellement curatives.
« Nous ne traitons plus l’insuffisance cardiaque comme une seule entité clinique, mais comme une constellation de pathologies spécifiques », souligne la banque J. Safra Sarasin.
Un exemple frappant : la cardiomyopathie amyloïde à transthyrétine (ATTR-CM). Considérée jusqu’ici comme rare, sa véritable prévalence pourrait être cinq fois plus élevée que les chiffres officiels. Grâce aux outils d’imagerie de nouvelle génération et au séquençage génétique, une large population de patients auparavant non diagnostiqués peut désormais être prise en charge. Le traitement suit : des médicaments « stabilisateurs » de première génération aux thérapies siRNA (« silencers ») qui bloquent la production de la protéine défectueuse, les résultats cliniques sont spectaculaires. Le marché de l’ATTR-CM est évalué à plus de 30 milliards USD.
La cardiomyopathie hypertrophique (HCM), maladie génétique souvent ignorée, touche 1 personne sur 500. Là aussi, les thérapies progressent : après les bêta-bloquants classiques, de nouveaux inhibiteurs de la myosine cardiaque ciblent le mécanisme pathologique. Les perspectives de traitements géniques ou à ARN sont proches. Ce segment pourrait dépasser les 10 milliards USD.
Dans le traitement du cholestérol, de nouveaux médicaments oraux atteignent désormais des niveaux de réduction du LDL (« mauvais » cholestérol) comparables à ceux des injections, tout en améliorant l’adhésion thérapeutique. De nouveaux agents ciblent les particules lipidiques résiduelles les plus dangereuses. Un secteur déjà au-delà des 20 milliards USD, en plein renouvellement.
Enfin, l’hypertension résistante – qui touche jusqu’à 30 % des patients hypertendus malgré plusieurs traitements – pourrait bénéficier de nouvelles générations de médicaments et de thérapies siRNA à action prolongée. Une avancée d’envergure pour une population estimée à plus d’un milliard de personnes, et un potentiel de 13 milliards USD.
Ces percées redéfinissent les priorités d’investissement. Grâce à des diagnostics améliorés, une expansion des populations traitables et des approches thérapeutiques inédites, la médecine cardiovasculaire de demain représente, selon Bank J. Safra Sarasin, un rare équilibre entre stabilité défensive et dynamique de croissance, fondé sur un besoin médical durable et une innovation scientifique de rupture.


