Par Sander De Mey et Louis Teirlinck, consultants financiers chez Pareto
Depuis 2020, la géopolitique est redevenue un facteur déterminant. La pandémie a mis en lumière la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement internationales. La guerre en Ukraine a entraîné une forte imprévisibilité des prix actuels et futurs de l’énergie. Les tensions au Moyen-Orient ravivent l’incertitude sur les marchés du pétrole et du gaz. Parallèlement, la rivalité stratégique entre grandes puissances s’intensifie, avec pour conséquences des droits de douane, des restrictions à l’exportation et, surtout, une tendance à la démondialisation.
Pendant des années, le monde semblait relativement lisible pour les investisseurs. La mondialisation progressait, l’inflation restait relativement faible et les banques centrales maintenaient les taux d’intérêt sous contrôle. En diversifiant son portefeuille, on pouvait raisonnablement compter sur le fait que les grandes forces économiques évolueraient dans la même direction. Ce sentiment de prévisibilité s’est toutefois nettement estompé ces dernières années.
Les données économiques et les résultats des entreprises restent bien entendu importants, mais les évolutions politiques jouent à nouveau un rôle accru. Un paquet de sanctions ou une perturbation de l’approvisionnement énergétique peut aujourd’hui influencer les marchés tout autant qu’une décision de taux d’une banque centrale.
Pour de nombreux investisseurs particuliers, cela demande une adaptation. Leurs portefeuilles sont souvent construits selon une logique bien établie : une combinaison d’épargne, d’immobilier national et d’une sélection d’actions ou de fonds. Mais cette approche tient moins compte d’un monde où les tensions géopolitiques ont des répercussions économiques plus rapides.
La diversification est l’un des principes fondamentaux de la gestion de patrimoine. La répartition entre régions, secteurs et devises peut s’avérer tout aussi essentielle. En effet, les économies réagissent différemment aux tensions géopolitiques. Les pays exportateurs d’énergie bénéficient de la hausse des prix des matières premières, tandis que les pays importateurs en subissent les effets négatifs.
La tendance belge à privilégier l’épargne reste particulièrement marquée. La Belgique figure depuis des années parmi les pays européens où le montant détenu sur les comptes d’épargne par habitant est le plus élevé.
Par ailleurs, le patrimoine de nombreuses familles belges est fortement concentré dans l’économie nationale. L’immobilier est situé en Belgique, l’épargne est déposée dans des banques belges et les investissements sont souvent orientés vers les marchés européens. Or, dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes, une trop forte concentration dans une seule région peut devenir une vulnérabilité.
Cette sécurité a toutefois un revers. Laisser une grande partie de son patrimoine sur un compte d’épargne entraîne, à long terme, une perte de pouvoir d’achat en raison de l’inflation.
La diversification internationale devient dès lors plus importante. En répartissant le patrimoine entre différentes économies et classes d’actifs, un portefeuille devient moins dépendant de l’évolution d’un seul pays ou d’une seule région.
Investir ne se limite aujourd’hui plus à la croissance économique ou aux taux d’intérêt. La sécurité énergétique, les relations commerciales et les équilibres géopolitiques influencent à nouveau les perspectives économiques.
Dans un monde où les rapports internationaux évoluent à nouveau, c’est peut-être la leçon la plus importante : pour protéger et faire croître son patrimoine, il est préférable de regarder au-delà des frontières de sa propre économie.


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