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Le Japon et les États-Unis n’ont pas dit son dernier mot

Commentaires de Christopher Dembik, Senior Investment Strategy Adviser Pictet Asset Management.

Compte tenu des bénéfices solides affichés par le secteur informatique, les gains des actions technologiques devraient augmenter. Le rebond des actions japonaises devrait également se prolonger.

Ça patine. Plusieurs pays sont en récession : Allemagne, Danemark, Estonie, Finlande, Pérou, Royaume-Uni etc. En Europe, l’Allemagne est en mauvaise posture. Le secteur manufacturier est en difficulté depuis plusieurs trimestres. Maintenant, c’est au tour du secteur bancaire de connaître des remous. En cause, la Pfandbriefbank (PBB). C’est une vénérable petite banque allemande, basée à Munich, dont l’histoire remonte à Frédéric le Grand (18ème siècle) et qui n’a pas fait faillite depuis 1901. Elle est spécialisée dans le crédit immobilier commercial en Europe…et aux États-Unis. Malheureusement, depuis la Covid, l’immobilier commercial s’effondre des deux côtés de l’Atlantique. Environ 15% du portefeuille de la PBB, soit 5,4 milliards d’euros, est directement exposé à l’immobilier commercial américain dont 80% concerne des espaces de bureaux. Il faut s’attendre à des pertes importantes qui pourraient causer la faillite de la banque. C’est ce que craint le marché obligataire. Y a-t-il un risque systémique ? Heureusement pas. Mais d’autres acteurs de l’immobilier commercial vont certainement subir des pertes substantielles cette année. Certains devront être renfloués. D’autres devront se vendre à bas prix.

Comparé à l’Allemagne, la situation en France n’est pas si mauvaise. Les banques sont en bonne santé. Le modèle de banque universelle fait ses preuves, encore une fois. Nous devrions éviter la récession cette année. Mais la croissance va rester molle. Le gouvernement table sur une prévision de croissance à 1% contre 1,4% initialement. C’est encore optimiste, selon nous. Si l’on en croit l’INSEE, la croissance du PIB ne devrait être que de 0,2% au premier trimestre et au deuxième trimestre. Il faudrait donc 0,7% de croissance au troisième trimestre et aussi au quatrième trimestre pour atteindre 1% – la prévision du gouvernement. Qu’est-ce qui pourrait provoquer l’accélération brutale de l’activité après l’été ? Pour être franc, on ne voit pas trop, surtout quand la politique budgétaire va devenir plus restrictive et donc moins soutenir l’activité. Si l’on s’en sort avec 0,6%-0,7% cette année, ce sera déjà très bien.

La surprenante bonne santé de l’économie américaine

De l’autre côté de l’Atlantique, l’économie continue de surprendre. La croissance du PIB devrait être proche de 2% ce trimestre. C’est une très bonne performance. L’évolution de l’activité pour le reste de l’année va dépendre de l’évolution des conditions de refinancement, en particulier pour les PME, ce qui va affecter directement le consommateur américain. Le marché de l’emploi est solide. Les embauches devraient être surtout le fait du secteur public. Ce n’est que fin 2023 que le niveau d’emploi dans le secteur public a renoué avec son niveau d’avant la pandémie – soit un an et demi de retard sur l’emploi total. L’inflation est toujours un peu élevée. Mais elle diminue. Les poches d’inquiétude concernent les coûts médicaux, l’alimentation et les services d’hébergement. Cela incite la banque centrale américaine à faire preuve de patience et à ne pas baisser ses taux dans l’immédiat.

La bonne santé de l’économie américaine, surtout comparée à la mauvaise performance de la zone euro, est un facteur d’attractivité important pour les investisseurs. Sans surprise, les flux de capitaux vont se recycler sur le marché boursier américain, ce qui alimente la bonne tenue des actions, et en particulier du segment de la tech. Même si nous avons assisté à des prises de bénéfices ces dernières séances sur certaines valeurs technologiques, la tendance est toujours positive. Elles sont en situation oligopolistique et particulièrement bien positionnées sur les grands thèmes de la révolution industrielle en cours, comme l’intelligence artificielle. Cette domination fait qu’on voit mal ce qui pourrait entraîner une chute durable, à court ou à moyen terme, de ce segment de marché en bourse. Tout au plus peut-on un peu alléger ses positions au regard des niveaux actuels atteints par ces actions.

Miracle japonais

De l’autre côté de la planète, le Japon est un peu un casse-tête pour les investisseurs. La bourse grimpe. Mais l’économie est en récession technique. Est-ce le chant du cygne du Nikkei 225 ? Ce n’est pas notre avis. Même lesté d’une récession technique, le Japon fait mieux que beaucoup d’économies développées en 2023. Le PIB nominal a augmenté de 5,7% et le PIB réel de 1,9%. C’est une très bonne performance. La consommation morne de fin d’année n’est certainement qu’un trou d’air. Nous anticipons un rebond dès le début d’année porté par la hausse rapide des salaires. Les négociations annuelles de salaires entre les grandes entreprises et les syndicats (shunto, en japonais) devraient déboucher sur une hausse moyenne de 3,8% – un record. Si on ajoute à cela le ralentissement de l’inflation, c’est un élément de soutien majeur pour la consommation intérieure.

Outre la reprise économique que nous prévoyons, nous avons identifié six facteurs principaux qui devraient continuer de soutenir la progression de la bourse japonaise cette année :

1) La faible valorisation des actions qui est accentuée par la faiblesse du yen. Le taux de change réel effectif du yen, qui permet de mesurer si une devise est survalorisée ou sous-valorisée, est proche de ses points bas du début des années 1970. Même en cas de hausse des taux par la Banque du Japon au printemps, nous doutons que cela entraîne un renforcement significatif du yen. La hausse des taux, si elle a lieu, sera de faible ampleur et elle est déjà intégrée dans le cours de la monnaie nippone.

2) Les profits des entreprises nippones ont triplé par rapport à la fin des années 1980. C’est un signe de bonne santé.

3) Le ratio trésorerie sur chiffre d’affaires est à un point haut de 50 ans. Les entreprises veulent redistribuer aux actionnaires.

4) Les rachats d’actions constituent une lame de fond haussière, comme c’est le cas sur le marché boursier américain.

5) Le Japon est un moyen de jouer la possibilité d’une relance de la Chine sans être exposé au risque politique chinois. En effet, l’archipel serait le premier pays à bénéficier des retombées d’une relance chinoise par le biais de la balance commerciale et des flux de touristes chinois entrant dans l’archipel.

6) Les investisseurs étrangers n’ont pas fini leurs emplettes. Ils n’ont racheté qu’un tiers de leurs ventes nettes d’actions japonaises depuis le pic des Abenomics en 2014.

En 2023, le Japon a été la bonne surprise boursière de l’année. 2024 devrait être l’année de la confirmation du retour durable des investisseurs étrangers dans l’archipel, selon nous.

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