Commentaire de Nicolas Heusicom, Investment Specialist, et Ilya Vercammen, Chief Strategist chez Puilaetco
Le véritable problème pour Powell : les données, pas la politique

Bien que les tensions entre Trump et le président de la Fed, Jerome Powell, retiennent beaucoup l’attention, le cœur du défi de Powell se trouve ailleurs : les données économiques envoient des signaux contradictoires.
Les chiffres de l’inflation et du marché du travail pour le mois de juillet illustrent parfaitement ce dilemme. L’inflation est restée inchangée à 2,7 % (en glissement annuel), soit un niveau inférieur aux prévisions, mais l’inflation sous-jacente a augmenté plus fortement que prévu. En effet, celle-ci a atteint 3,1 %, son plus haut niveau depuis février et nettement au-dessus de l’objectif de 2 %. La hausse des prix des biens durables (+1,7 % au premier semestre, la plus forte depuis 1987 en dehors de la pandémie) témoigne notamment d’une pression persistante, en partie due aux récentes mesures tarifaires prises par Donald Trump.
Dans le même temps, le rapport sur l’emploi a donné une image mitigée. La croissance de l’emploi a été bien inférieure aux prévisions en juillet, et les révisions à la baisse pour les mois précédents sont parmi les plus importantes jamais enregistrées. Néanmoins, les salaires et les heures travaillées ont augmenté, et le chômage n’a que très peu progressé, ce qui est difficile à concilier avec un affaiblissement du marché du travail.
Pour la Fed, cela signifie qu’il n’y a pas de signal clair. Une baisse des taux trop rapide pourrait alimenter l’inflation, tandis qu’attendre trop longtemps pourrait aggraver le ralentissement de la croissance économique. Les marchés semblent accorder plus d’importance à la faiblesse des chiffres de l’emploi: la probabilité d’une baisse des taux d’intérêt en septembre est désormais estimée à près de 100 %.
Le problème de Powell n’est donc pas uniquement d’ordre politique. C’est « l’ensemble des données » qui le place dans une situation délicate, chaque décision comportant un risque politique considérable.
Divergence des PMI : affaiblissement aux États-Unis, stabilisation en Europe
Les derniers chiffres des PMI soulignent une divergence frappante entre les États-Unis et l’Europe.
Aux États-Unis, les chiffres PMI ont de nouveau baissé, avec une faiblesse tant dans l’industrie manufacturière que dans le secteur des services. Le ralentissement de la demande et la hausse du coûts des importations — en partie due aux nouveaux droits de douane — pèsent sur la confiance des entrepreneurs.
Dans la zone euro, en revanche, les PMI se sont améliorés, avec une légère hausse dans le secteur des services et des signes de ralentissement dans la contraction de l’activité industrielle. Cette évolution est soutenue par une augmentation des dépenses publiques dans les infrastructures et la défense, et une baisse des prix de l’énergie.
Pour les investisseurs, cette tendance signifie que la dynamique de la croissance et de l’inflation évolue dans des directions opposées de part et d’autre de l’Atlantique. Alors que la Fed est confrontée au dilemme d’une inflation sous-jacente élevée et d’une détérioration de l’activité économique, la BCE dispose d’un peu plus de marge de manœuvre. Cela confirme notre positionnement légèrement sous-pondéré sur les actions américaines et surpondéré sur les actions européennes.


