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Une trajectoire budgétaire insoutenable

César Pérez Ruiz, CIO et responsable des investissements Pictet Wealth Management.

Alors qu’il est difficile de savoir si la bonne tenue de la consommation ou le resserrement des conditions financières dictera le cours de l’économie américaine, les bénéfices publiés cette semaine permettront d’y voir plus clair. Selon l’enquête triennale concernant les finances des consommateurs, le patrimoine des ménages a bondi de 37% entre 2019 et 2022, soit la plus forte progression sur trois ans depuis que ces données sont compilées (1989). Mais le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, a estimé que les marchés obligataires provoquaient un resserrement des conditions financières et que la trajectoire budgétaire des Etats-Unis n’était pas viable. De fait, la hausse du déficit du budget fédéral américain à USD 1700 mia pour l’exercice 2023 (USD 1370 mia pour l’exercice précédent) renforce les préoccupations des marchés. La montée de ces inquiétudes et l’anticipation d’un statu quo de la Fed ont propulsé le rendement des bons du Trésor à 10 ans à 4,93%, soit une hausse de 30 points de base au cours de la semaine, ce qui a détourné les investisseurs des actions. La Fed devrait laisser ses taux inchangés lors de sa réunion de novembre. Les secteurs sensibles aux taux d’intérêt sont en difficulté, les ventes de logements anciens ayant atteint un plancher de 13 ans en septembre. Le S&P 500 a chuté de 2,4%1 (en dollars) la semaine dernière, mais la volatilité des actions reste inférieure à celle des obligations, malgré l’incertitude géopolitique. Alors que la saison des résultats bat son plein, le solde des révisions de bénéfices – la différence entre le nombre d’entreprises ayant revu leurs bénéfices à la hausse et le nombre de celles les ayant revus à la baisse – au sein du S&P 500 a chuté. Plusieurs poids lourds de la technologie publient leurs résultats du troisième trimestre cette semaine et nous surveillerons leurs projections pour 2024, ainsi que les indices des directeurs d’achat et les prix à la consommation.

En Europe, les budgets provisoires suggèrent la suppression progressive des mesures de soutien liées à la pandémie et aux chocs énergétiques, ce qui se traduit par une orientation budgétaire modérément restrictive en 2024. Sur le front de la politique monétaire, la Banque centrale européenne devrait maintenir ses taux inchangés lors de la réunion prévue cette semaine. Les actions européennes ont également chuté la semaine dernière, plombées par des bénéfices décevants, la hausse des rendements souverains et les craintes d’une extension du conflit au Moyen-Orient. Le franc suisse – une valeur refuge – a atteint son plus haut niveau depuis 2015, ce qui a pénalisé les exportateurs suisses. Dans le même temps, les élections fédérales de ce dimanche en Suisse ont vu une progression des partis de droite. Autre valeur refuge, l’or a progressé de 2,5% la semaine dernière et devrait continuer à fournir une bonne protection contre les tensions géopolitiques à moyen terme. Sur le marché du pétrole, les Etats-Unis ont allégé leurs sanctions à l’encontre du Venezuela, tandis que l’Iran réclamait un embargo contre Israël. Nous maintenons notre objectif de fin d’année de 95 dollars pour le baril de Brent.

En Chine, la croissance du PIB s’est avérée plus vigoureuse qu’anticipé et a atteint 4,9% en glissement annuel au troisième trimestre. La plupart des indicateurs se sont améliorés en septembre et nous confirmons notre estimation de croissance pour l’année entière à 5,2%. La reprise est néanmoins entravée par la faiblesse persistante du marché du logement, qui justifie de nouvelles mesures de relance. Pour la rentabilité des entreprises, il est essentiel que la croissance nominale du PIB redevienne supérieure à la croissance réelle. Cela devrait se produire au cours des prochains trimestres.

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