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Les drones ne sont plus seulement des outils d’observation ou de livraison : ils sont devenus des armes capables de perturber l’économie mondiale. Entre la mer Noire et la mer Rouge, les attaques se multiplient contre les navires marchands, soulevant de sérieuses questions pour le secteur de l’assurance maritime.

Un commerce belge exposé à de nouveaux périls

La Belgique, 13ᵉ exportateur mondial et 15ᵉ importateur, a vu transiter 275 millions de tonnes de marchandises dans ses ports en 2024, selon l’Agence du commerce extérieur. Des volumes colossaux répartis sur un nombre de navires en baisse, mais de plus en plus grands : un seul porte-conteneurs peut désormais transporter jusqu’à 24 000 containers. Le moindre incident peut donc entraîner des retards de production majeurs, voire des pertes financières considérables.

« Avec AXA, que nous représentons dans ce secteur, nous figurons parmi les principaux assureurs maritimes. Nous assurons uniquement les marchandises », précise Laurent Verheyen, CEO de Jean Verheyen, société spécialisée dans l’assurance cargo. Ces polices couvrent habituellement les risques classiques : vol, incendie, contamination, échouage ou abordage.

Des clauses de guerre de plus en plus sollicitées

La montée des tensions géopolitiques, des grèves et des émeutes amène les assureurs à proposer des extensions de couverture spécifiques. Celles-ci peuvent inclure les risques de terrorisme ou de guerre, mais avec des conditions strictes.

Lorsqu’un conflit devient avéré, la couverture dite « de guerre » est automatiquement suspendue sous sept jours, le temps de renégocier les conditions. « Les expéditions déjà en cours restent toutefois assurées », précise Verheyen.

Mais la frontière entre terrorisme, piraterie et guerre devient floue. Les attaques de drones menées par les Houthis en mer Rouge ou les opérations ukrainiennes contre la flotte russe brouillent les cartes. « Il devient très difficile de déterminer l’origine d’un sinistre, donc de savoir s’il est couvert », reconnaît un expert du secteur.

La Global Cargo Watchlist comme boussole

Pour évaluer les risques, les courtiers se réfèrent à la Global Cargo Watchlist du Joint Cargo Committee (JCC) au Royaume-Uni, qui classe les pays selon sept niveaux de danger. Au-delà du niveau « Very High », les expéditions doivent être déclarées et sont soumises à une surprime. Si un pays atteint la catégorie « Severe » ou « Extreme », la couverture de guerre est automatiquement annulée sous sept jours.

Actuellement, Haïti, l’Iran, le Yémen, l’Ukraine et les territoires palestiniens figurent dans les zones les plus à risque.

Un héritage historique, des défis modernes

Depuis le bombardement de Guernica en 1937, les assureurs maritimes ont limité leur exposition aux risques systémiques. C’est de là qu’est né le Waterborne Risks Agreement, qui stipule que la marchandise n’est couverte qu’à partir du moment où elle flotte. « À terre, il faut s’adresser à un assureur spécialisé », rappelle Jan Haentjens, secrétaire général de Jean Verheyen.

Aujourd’hui, les défis s’accumulent : risques de guerre, catastrophes naturelles, cyberattaques ou encore drones armés. L’Union Internationale de l’Assurance Maritime (IUMI) appelle d’ailleurs les acteurs du secteur à adapter leurs modèles à des risques mondiaux plus complexes et interconnectés.

En résumé

Les drones maritimes symbolisent une nouvelle génération de menaces hybrides : ni tout à fait militaires, ni purement terroristes. Pour le commerce international, ils représentent un risque croissant. Pour les assureurs, un casse-tête juridique et technique. Et pour les armateurs, une raison supplémentaire de repenser la sécurité de leurs routes maritimes.

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