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Par Christian Schulz, Économiste en chef, Allianz Global Investors

Alors que les marchés européens sortaient progressivement d’une période d’incertitude économique, une nouvelle menace vient assombrir les perspectives : la possible mise en place de tarifs douaniers américains de grande ampleur. Donald Trump, en campagne pour un second mandat, a récemment évoqué l’imposition de droits de douane de 30 % sur les importations en provenance de l’Union européenne – son principal partenaire commercial. Une annonce qui, même à l’état de menace, fait déjà peser des risques significatifs sur l’économie européenne et la stabilité des marchés.

L’Europe, première exposée

L’impact potentiel de tels tarifs serait loin d’être négligeable pour l’Union européenne. À ce stade, les exportations visées par les menaces américaines représentent jusqu’à 2,6 % du PIB de l’UE. Dans certains pays, cette exposition est encore plus marquée : en Irlande, les exportations vers les États-Unis équivalent à près de 10 % du PIB ; en Allemagne, à 3,1 % ; en Italie, à 2,8 % ; en France, à 1,5 % ; et en Espagne, à 1,2 %.

Une modélisation plus fine suggère que, si les tarifs devaient être pleinement mis en œuvre sans réponse coordonnée de la part de l’UE, l’effet négatif sur le PIB européen pourrait dépasser les 2 %. Cette contraction serait liée à la baisse des exportations, à la pression sur les marges des entreprises et, en cascade, à une réduction de l’emploi et des salaires dans les secteurs les plus exposés. Le risque est également désinflationniste, car les produits européens non exportés seraient redirigés vers le marché intérieur, accroissant la concurrence et pesant sur les prix.

Une réponse européenne à géométrie variable

Face à cette menace, l’Union européenne se trouve à un carrefour stratégique. Deux options principales se dessinent. La première consisterait à engager une négociation avec les États-Unis, dans l’espoir d’un compromis qui permettrait d’éviter l’imposition des droits de douane ou, à tout le moins, d’en atténuer la portée. Le scénario le plus probable serait une réduction, voire une suppression, des droits de 30 %, en échange de certaines concessions européennes sur des sujets sensibles, comme l’accès au marché ou les normes réglementaires.

L’autre option serait celle d’une riposte commerciale, avec l’instauration de mesures de rétorsion contre les produits américains. Cette voie pourrait toutefois conduire à une escalade des tensions et nuire à la croissance mondiale. En parallèle, l’UE pourrait décider de compenser l’impact économique par des mesures de soutien, qu’elles soient monétaires (via la BCE) ou budgétaires (par une relance ciblée). Enfin, cette crise pourrait accélérer les réformes structurelles visant à réduire la dépendance commerciale vis-à-vis des États-Unis.

L’inflation, un enjeu majeur pour les États-Unis

Côté américain, l’instauration de droits de douane massifs ne serait pas sans conséquences. En restreignant l’offre de biens importés, ces mesures auraient un effet inflationniste. Si les entreprises américaines répercutent les surcoûts sur les consommateurs, l’inflation pourrait grimper d’environ 3 %. Ce phénomène poserait un dilemme à la Réserve fédérale : faut-il ignorer une poussée temporaire des prix ou durcir la politique monétaire pour maîtriser une inflation plus persistante ?

En revanche, sur le plan budgétaire, l’instauration de droits de douane représenterait une manne fiscale importante pour les États-Unis : jusqu’à 900 milliards de dollars de recettes potentielles sur un total de 3 000 milliards d’importations. Cet argument pourrait séduire une administration à la recherche de marges de manœuvre budgétaires, même si les effets économiques collatéraux risquent d’en atténuer les bénéfices.

Incertitudes monétaires et marchés sous pression

La menace tarifaire alimente l’incertitude sur les marchés financiers. Du côté de la Réserve fédérale américaine, les tensions inflationnistes pourraient pousser vers une politique plus restrictive, même si une partie des responsables pourrait privilégier une approche plus patiente. Dans la zone euro, la Banque centrale européenne pourrait, à l’inverse, adopter un ton plus accommodant et réviser ses perspectives de taux à la baisse, surtout si la croissance est pénalisée par une baisse des exportations.

Dans ce contexte, les marchés obligataires européens pourraient être soutenus par des anticipations de relance budgétaire. Mais les marchés actions, en particulier ceux fortement exposés aux échanges transatlantiques, pourraient souffrir. Même en l’absence de mise en œuvre effective des droits de douane, la menace suffit à fragiliser la confiance et à interrompre la dynamique de surperformance récemment observée sur les places européennes.

Le précédent du “jour de la libération”

Cette situation rappelle un épisode récent : en avril dernier, les déclarations de Donald Trump sur un supposé “jour de la libération” commercial avaient provoqué une nette correction des marchés avant que la menace ne soit finalement levée. Il est possible que cette nouvelle poussée de tension se dégonfle de la même manière, après une phase d’ajustement. Mais les investisseurs seraient mal avisés de parier sur un tel scénario.

Conclusion : vigilance et diversification

Même si un accord négocié entre l’UE et les États-Unis reste envisageable, les incertitudes actuelles justifient une approche prudente. Les investisseurs doivent éviter une surexposition géographique ou sectorielle, rester agiles, et intégrer dans leurs décisions la possibilité de volatilité accrue sur les marchés. La géopolitique commerciale est de retour au premier plan, et les marchés ne peuvent plus l’ignorer.

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